C'est une histoire de rencontres. Il y a une quinzaine d'années, lorsqu'elle a fait pour la première fois le voyage Tokyo-Colmar, Etsuko Tanaka était loin de se douter que l'Alsace lui offrirait l'occasion de donner un nouveau sens à sa vie. Elle fait d'abord la connaissance de Père Luc, de l'ordre des Capucins, avec lequel elle entame une correspondance. Au bout de quelques années, lorsqu'il lui dit qu'il est malade, Etsuko décide de venir le voir. Entretemps, le religieux a quitté Colmar pour s'installer au couvent de Hirsingue. Faute de chambre au couvent pour héberger la jeune femme, le Père Luc s'adresse à l'une des paroissiennes. « Je me souviens très bien, raconte Armande Schartner. Il m'a demandé, après la messe, si Etsuko pouvait passer une ou deux nuits chez nous. J'ai dit oui sans hésiter, et finalement elle est restée toute une semaine ! » La visiteuse japonaise ne s'attendait pas à un tel accueil. « Je ne pouvais pas le croire, se souvient-elle. Chez moi, au Japon, ce n'est pas possible pour un étranger d'arriver comme ça dans une famille. »
“ Armande et René sont mes parents de France”
Lorsqu'elle séjourne pour la première fois chez Armande et René Schartner, Etsuko ne parle pas un mot de français. « On se débrouillait avec un peu d'anglais et beaucoup de gestes ! » sourit Armande. À la fin de sa deuxième visite, en mars dernier, la jeune femme a du mal à quitter ceux qui sont devenus ses « parents de France ». « Je les adore, ils sont très importants dans ma vie », confie-t-elle. À Hirsingue, Etsuko a découvert un autre élément devenu essentiel dans son existence : la foi. Ni bouddhiste ni shintoïste — les deux religions les plus répandues au Japon — elle fait preuve d'une grande curiosité à l'égard du christianisme. « Elle posait beaucoup de questions, mais pour nous il n'était pas question de l'influencer », souligne Armande Schartner. Le Père Luc adopte la même attitude et prévient même la jeune femme des épreuves qui l'attendent si elle choisit la religion catholique. « Il m'a dit que ce serait très difficile, reconnaît-elle. Mais j'ai décidé de le faire. » Après plusieurs mois de catéchuménat, à raison d'une séance hebdomadaire de préparation dans une église de Tokyo — avec un père jésuite français, installé au Japon depuis 50 ans — Etsuko est déclarée prête pour le baptême. Elle a obtenu l'autorisation de l'évêché et du curé doyen de Hirsingue, et sera baptisée aujourd'hui par le Père Luc, dans la chapelle du couvent des Capucins.
“ La religion m'aide à mieux accepter les choses”
En attendant le grand jour, les Schartner ont pris soin de préparer l'événement comme il se doit. Lorsqu'elle découvre les petits sacs de dragées marqués du nom de baptême qu'elle a choisi, Marie-Élisabeth, la jeune femme ne cache pas son émotion. Pour la cérémonie, elle a décidé de porter le kimono traditionnel. « La religion a été un grand changement dans ma vie. Elle m'aide à mieux accepter les choses », dit-elle. Peu à l'aise dans la société japonaise moderne, où le travail et la productivité passent avant les contacts humains et la communication entre les générations, Etsuko savoure ses moments en Alsace, avec Armande et René, qui prennent le temps de l'écouter. Plus qu'un parrain et une marraine, elle a trouvé une seconde famille.











