Le 16 mars 1978, le pétrolier Amoco Cadiz dérive au large du Finistère Nord, vers la côte bretonne : depuis 9 h 45, la barre ne répond plus. Plusieurs tentatives de remorquage ont lieu, mais en vain : dans une forte tempête, à 21 h 55, le navire s'échoue sur des brisants, devant le petit port de Portsall. Le pétrolier, qui a été construit en 1974 et navigue sous pavillon libérien, appartient à la société américaine Amoco, filiale de Standard Oil of Indiana, et est affrété par la Shell. Il transporte vers Rotterdam 227 000 tonnes de pétrole brut du Golfe Persique. Plusieurs citernes se déchirent. Très vite, les premières nappes touchent la côte : la plus grande marée noire jamais due à un échouement de pétrolier vient de commencer. En l'espace de deux semaines, la totalité de la cargaison se déverse en mer. Entraînée par les vents et les courants, elle souille 360 kilomètres d'un littoral parmi les plus beaux et les plus naturels d'Europe, entre Brest et Saint-Brieuc.
Déjà, en 1967, le Torrey Canyon…
Les riverains se lancent dans une lutte désespérée contre une catastrophe cent fois prédite tandis que, sur leurs écrans de télévision, les Français découvrent avec stupéfaction les images apocalyptiques d'une grande marée noire : oiseaux mazoutés, plages transformées en marécages gluants… Cette catastrophe écologique conduira le gouvernement français à refondre son plan de lutte (le plan Polmar), à acquérir des stocks de matériel et à imposer des rails de circulation en Manche. L'État et 76 communes sinistrées, ainsi que des organisations professionnelles, engagent aux États-Unis un long et difficile procès contre la société Amoco. Au terme de quatorze années de procédure, ils finissent par obtenir 1257 millions de francs d'indemnités. Beaucoup moins, évidemment, que les sommes demandées. Cette marée noire record ne sera malheureusement pas la dernière (on se souvient notamment du naufrage de l'Erika, en décembre 1999). Mais ce n'était pas non plus la première : le 18 mars 1967, le pétrolier Torrey Canyon s'était échoué devant Lands End, dans la Cornouaille anglaise, déversant 119 000 tonnes en mer. Des nappes dérivant en Manche étaient venues toucher le littoral breton, entre Morlaix et Plouescat, au cours du mois d'avril, puis les baies de Douarnenez et d'Audierne à la mi-mai.
Le pétrolier Amoco Cadiz sombrant au large des côtes de Bretagne.
AFP/Jean-Pierre Prevel











