L'académicien Jean d'Ormesson écrit, alors qu'il vient à peine d'être inauguré, que « le Centre Georges Pompidou est le premier monument de la révolution culturelle qui consiste à remettre en question la notion même de beauté. C'est l'encyclopédie d'une culture de l'angoisse ». Ces propos impliquent et sous-entendent bien des pensées. Dans le même temps, ils résument parfaitement la genèse et l'existence de ce musée qui fait aujourd'hui partie du paysage parisien. Ces observations sont le concentré de ce qui s'est joué en trente ans d'après-guerre. Dans la décennie, voire dans les quinze années qui ont suivi le second conflit mondial, la préoccupation du gouvernement français et de la population de l'Hexagone était tout entière axée sur la reconstruction et sur le pansement des plaies de tout un peuple meurtri et de tout un pays matériellement détruit. L'urgence était alors à l'utile. Avec le retour du général de Gaulle à la tête du pays, l'urgence était au repositionnement de la nation sur la scène internationale. Dans la querelle que se livraient URSS et USA pour asseoir leur supériorité sur le globe, la France, telle que le général la concevait, devait pouvoir jouer un rôle. Elle devait, en tout cas, être en mesure de montrer au reste de la planète que la métropole n'était pas qu'un pantin. L'urgence était à l'indépendance d'une France forte de son histoire, coûte que coûte.
Première politique culturelle d'après-guerre
Seulement voilà. Les soulèvements de mai 1968 ont montré à de Gaulle qu'une génération montante qui n'avait pas connu la guerre se préoccupait bien plus de son « quant à soi » qu'elle n'était soucieuse d'un patriotisme qu'elle jugeait ringard et sans fondement. Pompidou a succédé à de Gaulle et visiblement, il a compris le message de cette jeunesse florissante. C'est là tout le propos de Jean d'Ormesson. Pompidou est le premier des présidents d'après-guerre – d'où l'expression « révolution culturelle » — à se soucier de la nécessité de redonner du loisir à son peuple. D'où le chantier de cet immense musée qui symboliquement, prend son nom trois ans après sa mort. D'où aussi la mise en branle d'une politique de la culture en France qui tient à laisser des traces. Mais l'essai n'est pas forcément un coup de maître, d'où la « culture de l'angoisse ». D'autant que le musée Georges Pompidou est construit à quelques mètres des anciennes halles de la capitale, rasée quelques années plus tôt. Le Centre Beaubourg est d'un style nouveau très seventies, tout de plexiglas et de couleurs criardes. La notion de beauté à la française, à l'image des boulevards haussmanniens, est remise en question. Mais l'aura et la fréquentation du Centre Georges Pompidou sont là pour montrer que le second président de la Ve République a eu bien raison de provoquer ce chamboulement.
26 janvier 1977 : des travaux sur le parvis du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou que le président Valéry Giscard d'Estaing doit inaugurer à la fin du mois.
AFP











