Après 1945, l'Alsacien se distancie de l'occupant. Des affiches proclament « Il est chic de parler français!» et les élèves sont punis quand ils parlent le dialecte dans la cour de récréation. Dès 1947, Germain Muller commence à « détabouiser » l'alsacien au cabaret, dans sa revue du Barabli. Avec sa « Psychanalyse de l'Alsace », Frédéric Hoffet tente, quelques années plus tard, de résumer l'état linguistique et psychologique de la région.
La poésie dialectale renaît
Le véritable renouveau de l'alsacien et de la littérature régionale se dessine dans les années 1970 seulement, dans la mouvance nationale, voire internationale, de la redécouverte des langues minoritaires, en relation avec le mouvement contestataire de mai 1968 et les luttes écologiques. Le projet d'installer une centrale nucléaire à Wyhl, sur la rive allemande du Rhin, réunit ainsi de nombreux contestataires alsaciens, soutenus par des écrivains et des chanteurs. La poésie dialectale renaît avec des auteurs de la génération de l'entre-deux guerres, comme André Weckmann ou Conrad Winter, puis Jean-Paul Sorg ou Gérard Leser ; la chanson est représentée par des jeunes, « Liedermacher », leur chef de file, Roger Siffer, puis Jean Dentinger et François Brumbt, Sylvie Reff et René Eglès. Dans le Haut-Rhin, le groupe Géranium dépoussière la musique folklorique et on redécouvre le poète sundgauvien Nathan Katz. En même temps, des auteurs issus de la région, comme René Ehni, connaissent le succès sur le plan national, aussi bien en librairie qu'au théâtre. Ces mêmes années, grâce à la réforme Holderith, l'allemand est réintroduit dans les programmes scolaires en Alsace, le programme « langue et culture régionale » n'étant instauré qu'en 1982 par le recteur Pierre Deyon. Aujourd'hui, à en juger par le foisonnement des « alsatiques » – ces ouvrages ayant trait à l'Alsace – la littérature alsacienne semble décomplexée. Elle s'appuie aussi bien sur le dialecte que sur le français et ne boude pas systématiquement l'allemand.
Deux des artisans du renouveau de la poésie dialectale : Nathan Katz (à gauche) et André Weckmann.
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