La « question de l'Irlande » remonte au XVIe siècle avec l'invasion anglaise de l'île, mais n'explosera vraiment qu'en 1916, pour déboucher sur l'indépendance du sud en 1921. Cette année-là, les accords de Londres sont signés, qui maintiennent la région de l'Ulster du nord dans le « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord ». Le territoire est donc partagé en deux, dominé au nord par les colons protestants qui entendent bien entretenir cette ascendance. Ainsi, par exemple, dans la deuxième ville d'Ulster, Londonderry, un savant découpage électoral permet d'avoir un conseil local à 60 % protestant quand 60 % des habitants sont catholiques. Le parlement de la région, lui, ne compte dans ses rangs que des députés protestants. Le sud de l'île, indépendant, est catholique. Depuis 1921, les deux communautés religieuses qui cohabitent en Ulster parviennent à peu près à s'entendre quand, sans raison apparente, la violence se rallume à la fin des années 60. Le conflit qui naît alors relève à la fois de la guerre civile, de la guerre de religion et de la guerre de libération nationale, au moins du côté catholique.
L'engrenage de la violence
Il semble que le climat revendicatif des années 60 ait largement contribué au réveil des catholiques. En 1966, ils créent l'Association pour les droits civiques en Irlande du Nord, qui réclame une loi électorale juste, l'abolition de la juridiction d'exception et la réforme de la police – mais en aucun cas le rattachement à l'Irlande du Sud. En réaction, les protestants se radicalisent et la grande manifestation pacifique organisée par les catholiques le 24 août 1968 s'achève sur des affrontements entre les membres des deux communautés. Dès lors, rien ni personne ne saura mettre un frein à l'escalade de la violence. Les années se suivront et se ressembleront. L'armée anglaise va tenter de s'interposer, mais la manoeuvre est mal perçue par les catholiques qui y voient une volonté du royaume de reprendre les choses en main. De fait, le 30 janvier 1972, l'armée anglaise tire sur un cortège catholique, faisant 13 morts. Ce « dimanche sanglant » aura son pendant protestant en juillet de la même année, un « vendredi sanglant » où 16 personnes périront. Les deux clans vont camper sur leurs positions, créer leurs propres armées, leurs partis politiques et durcir ainsi le conflit qui n'a toujours pas trouvé d'issue définitive aujourd'hui. D'affrontements en batailles rangées, d'attentats en agressions, le désaccord va aller grandissant et les morts se compter par milliers.
Des barbelés entre deux communautés.
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