Les historiens sont, aujourd'hui encore, dubitatifs sur les origines du soulèvement qui a failli faire revivre 1789 à la capitale française. Certains parlent de complot, d'autres de véritable crise de société ; d'autres encore évoquent la difficile adaptation des structures traditionnelles à la réalité moderne. Toujours est-il qu'en ce mois de mai, la mobilisation populaire a été massive et l'immobilisation économique, paralysante.
Un millier de blessés au Quartier Latin
Les étudiants français de 1968 sont deux fois plus nombreux que leurs prédécesseurs de 1960. Ils ont pour figures de proue des hommes comme Mao, Trotski ou Che Guevara. Ils sont enfants du baby-boom d'après-guerre et réclament les dividendes d'une société de consommation en pleine expansion. À Paris, la faculté de Nanterre construite à la hâte aux abords d'un bidonville est le symbole parfait de cette dérive qu'ils entendent dénoncer. Aussi, ça n'est pas un hasard si les élèves de cette université sont les premiers à se lancer dans cette bataille et revendiquent plus de justice sociale. Nanterre est fermée le 3 mai. Le mouvement se déplace à la Sorbonne où ont lieu les premiers affrontements entre agitateurs et forces de police, débouchant sur 500 arrestations. Une « nuit des barricades » s'ensuit au Quartier Latin, qui fait un millier de blessés. La grogne et le malaise s'étendent à l'ensemble des couches de la population sur tout le territoire. Le 13 mai, les Français sont des centaines de milliers dans la rue, au moins autant à ne rien faire sur leur lieu de travail. Le 21, la France compte entre huit et dix millions de grévistes. Le 27, les négociations entre le ministre des Affaires sociales et les patrons débouchent, entre autres, sur une hausse de 7 % des salaires, ce qui calme bien des ardeurs. Les plus extrémistes tentent de maintenir la flamme revendicative allumée. Mais la majorité des grévistes est usée par un mois de négociations et de manifestations. Surtout, le pays tout entier commence à faire les frais de ce mai inactif et improductif. Les protestations s'essoufflent.
Les bases d'une société nouvelle
Le général de Gaulle a laissé son Premier ministre, Georges Pompidou, gérer la crise et promet l'organisation d'élections législatives au mois de juin pour, une fois l'Assemblée renouvelée, engager des réformes. Début juin, le soufflé retombe. Un coup pour rien, cette révolte ? Pas si sûr. Si ses effets ne sont pas immédiatement visibles, elle aura permis de souligner l'inertie d'un régime qui repose sur le charisme d'un homme que la plupart des insurgés ne connaissent pas. Et mai 68 a probablement posé les bases d'une société nouvelle.
6 mai 1968, rue Saint-Jacques à Paris: les étudiants face aux forces de l'ordre.
AFP











