Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka, militant nationaliste marocain, dirigeant de l'Union nationale des forces populaires (UNFP), principal parti marocain d'opposition, est enlevé en plein Paris devant la célèbre brasserie Lipp où il a rendez-vous avec des cinéastes. Un étudiant qui le rejoignait a vu deux policiers français l'embarquer. Ben Barka ne reparaîtra jamais : il aurait été tué dans les deux jours qui ont suivi son enlèvement. C'est le début de l'affaire Ben Barka qui connaîtra de multiples rebondissements, des méandres non moins nombreux et dont le fin mot ne sera jamais connu.
Éliminer mon père
Au moment du rapt, deux ennemis jurés de Ben Barka séjournent à Paris, le ministre de l'Intérieur marocain, le général Oufkir et le commandant Dlimi, chef de la sûreté. Apparemment, la victime aurait été transportée dans la banlieue parisienne chez un gangster notoire, Georges Boucheseiche, où l'y attendaient Oufkir et Dlimi. C'est là et peut-être par les deux hommes que Ben Barka aurait été supprimé. « Au départ, il y avait une volonté politique de la part des autorités marocaines d'éliminer mon père. Cette volonté s'est traduite par des tentatives d'assassinat et par deux condamnations à mort par contumace. Les idées que développait mon père représentaient une alternative politique à celles prônées par le régime et qui avaient démontré leur faillite dans les domaines sociaux, économiques et éducatifs ». Tels sont les mots accusateurs de Bachir Ben Barka, le fils de l'opposant, toujours en quête d'une vérité sur la mort de son père.
De Gaulle, obligé de se prononcer
Mais le scandale ira plus loin encore, car au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête, il deviendra évident que les services secrets français ont eu leur part de responsabilité dans cette affaire puisqu'ils ont eux-mêmes organisé le rapt. Ils ont ainsi appuyé de manière évidente le régime marocain. Un procès fleuve s'ouvre le 5 septembre 1966 : 167 témoins défilent à la barre, mais aucune lumière n'est faite sur les rôles respectifs de chacune des parties liées à l'affaire. De Gaulle lui-même est obligé de se prononcer, bien qu'il ne le fasse pas publiquement : « Il faut que les coupables soient châtiés. Je veux dire Oufkir et Dlimi, pour ne pas parler du roi, complice et même instigateur du crime. Du côté français, ce qui s'est passé n'a rien eu que de vulgaire et de subalterne ». Le 5 juin 1967, la condamnation des policiers français et celle, à la prison à perpétuité par contumace, d'Oufkir et de la bande à Boucheseiche passent quasi inaperçues dans le fracas de la Guerre des Six Jours, au Proche Orient. Mais Français et Marocains resteront brouillés deux ans.
Quatre des hommes qui avaient été recherchés par la police française dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement de Ben Barka : de gauche à droite, en haut, Pierre-Marcel Dubail et Jean Palisse ; en bas, Julien Le Ny et Georges Boucheseiche.
AFP











