Depuis quelque temps, Mao Tsé-Toung doit faire face à une grogne grandissante au sein du Parti communiste chinois (PCC), certains de ses cadres ayant été échaudés par les erreurs manifestes du « grand bond en avant » qui, en poussant la population à des cadences de production infernales, l'avait affamée et décimée (notre rétrospective de 1960). Aussi, le grand timonier, s'appuyant sur l'armée et sur la jeunesse, entame-t-il une nouvelle lutte à l'échelle du pays, pour ramener les dissidents dans le droit chemin et convaincre toutes les couches de la population du bien-fondé de sa politique. La révolution culturelle est engagée. Elle va durer trois ans. Épaulé par sa femme Jian Qing, Mao tente, dans un premier temps, de décrédibiliser certains artistes opposants, faisant rédiger des articles contre leurs oeuvres, coller des affiches partout dans le pays qui dénigrent les milieux intellectuels et universitaires récalcitrants. En avril, le Journal de l'armée lance un appel à une révolution culturelle en profondeur et reçoit l'appui du Premier ministre Zhu Enlai. Cet été 1966 verra l'apparition des gardes rouges, ces lycéens et étudiants enrôlés pour faire entendre partout le message de Mao qui tient en une phrase « Feu sur le quartier général ».
Des rats courent dans les rues. Tuez-les.
Le 8 août, une charte de la révolution culturelle est promulguée et en définit les objectifs : « Renverser ceux qui, dans le parti, détiennent l'autorité et ont pris la voie capitaliste ». Dix jours plus tard, pour montrer au monde entier l'unité du pays, Mao organise une immense manifestation place Tian'anmen à Pékin. Face à une foule uniformément vêtue de bleu, il martèle sa pensée. Les gardes rouges, s'appuyant sur Le petit livre rouge, diffusent cette pensée dans tout le pays et à la fin de l'été, les objectifs fixés par Mao sont atteints. Mais un courant d'extrême gauche n'entend pas s'en tenir là. Il croit que la révolution ne fait que commencer et cette tendance va prendre le dessus dès l'automne. Une lutte sans merci s'engage entre les deux courants, qui va à nouveau faire des milliers de morts. En 1967, des tracts disent que les anti-maoïstes sont « des rats courent dans les rues » et ajoutent : « Tuez-les ». Partout, des têtes tombent. La révolution est à son point culminant. Dès 1968, Mao freine l'activité des gardes rouges, mais accentue la persécution à l'encontre des extrémistes. Elle touchera plus de 20 millions de jeunes. Courant 1969, l'ordre est ramené dans le pays grâce à l'armée qui occupe désormais une place de choix au sein de l'appareil politique. La révolution culturelle a abouti, mais une fois encore, elle laisse tout un pays meurtri.
Lycéens et étudiants sont enrôlés comme « gardes rouges » pour diffuser la pensée de Mao.
AFP











