L'élection présidentielle en France est une élection nouvelle. En effet, depuis que les Français se sont prononcés le 28 octobre 1962, à 61,7 % pour la désignation au suffrage universel du chef de l'État, celui-ci est l'élu du peuple alors qu'il apparaissait jusqu'à maintenant comme le délégué des sénateurs et des députés. Le président de la République est désormais élu pour sept ans. Les Français votent donc cette année pour la première fois pour les présidentielles.
Avec 55 % des voix, devant François Mitterrand
Le 19 décembre, Charles de Gaulle, qui était revenu au pouvoir en 1958, est reconduit au second tour à la tête du pays avec 23 703 434 voix (soit 55,1 % des suffrages exprimés). Le socialiste François Mitterrand le seconde avec 44,8 % des votes. Ce dernier a probablement bénéficié du report d'un certain nombre de voix des électeurs du candidat d'extrême droite, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, qui avait appelé à voter en faveur du candidat de gauche. Mitterrand a aussi engrangé les suffrages des communistes. Jean Lecanuet, arrivé en troisième position au premier tour, a laissé le choix à ses électeurs. Il leur a proposé de voter « blanc » ou François Mitterrand. Ces résultats témoignent de la montée d'une opposition peut-être à même de contrer le général de Gaulle en temps de paix. Mais cette élection et ses résultats sont aussi le fruit d'autres changements. Le président étant élu au suffrage universel, il a fallu faire campagne pour rallier un maximum de suffrages.
Des sondages avaient prévu son ballottage
Il a fallu, pour les six candidats, proposer un programme d'action, le défendre, ce qu'aucun des postulants n'avait jamais eu à faire puisqu'aucun chef d'État, en France, n'avait été désigné par le peuple depuis Louis Napoléon Bonaparte. C'est donc à un véritable jeu de séduction que les candidats doivent s'adonner et, dans ces conditions, les deux candidats les plus jeunes, François Mitterrand, 49 ans, et Jean Lecanuet, 45 ans, ont su tirer leur épingle du jeu. Charles de Gaulle, dont la légitimité repose pour beaucoup sur sa popularité d'après-guerre, a failli faire les frais de ce nouveau mode d'élection qu'il a lui-même voulu. D'abord parce que, fort de son charisme, il a sûrement été surpris par cette nouvelle démarche à entreprendre et n'a donc pas jugé nécessaire de s'y soumettre. Aussi s'est-il appliqué à ne tenir compte ni des sondages qui prévoyaient son ballottage dans cette élection, ni des rendez-vous télévisuels, nouveaux passages obligés pour les candidats. Charles de Gaulle a été réélu, mais non plébiscité.
La télévision : un nouveau passage obligé pour les candidats à l'Élysée.
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