« Il n'y a pas un homme dans le monde qui ne mesure l'importance capitale de cet acte, non pas seulement parce qu'il tourne la page après une si longue et si sanglante histoire de luttes et de combats, mais aussi parce qu'il ouvre toutes grandes les portes d'un avenir nouveau pour la France, pour l'Allemagne, pour l'Europe et par conséquent pour le monde tout entier ». C'est en ces termes que Charles de Gaulle, président de la République française, commente le traité d'amitié et de coopération franco-allemand qu'il vient de signer, ce 22 janvier, avec le chancelier de la RFA, Konrad Adenauer. À bien y regarder, toute – ou presque – la politique « gaullienne » du moment y est expliquée. Longtemps ennemis, après trois guerres en moins d'un siècle, les deux pays frontaliers ont bâti des relations fortes depuis la fin du second conflit mondial. C'est sur la base de ce lien qu'il convient désormais d'avancer. Défendre « le rang » de la France est une des idées chères au général, car la nation est pour lui la seule valeur durable. Cet ardent patriotisme le conduit, d'une part, à tenter par tous les moyens de se démarquer des deux grands et, d'autre part, à défier en permanence tous les organismes supranationaux tels l'Otan qu'il traite de « machin ». Ainsi lorsque J.F. Kennedy, président des États-Unis, lui propose des fusées pour armer ses sous-marins, de Gaulle répond que la France n'a « ni sous-marins nucléaires pour transporter des fusées, ni têtes thermonucléaires pour les armer et que lorsqu'elle les fabriquera, elle fabriquera aussi ses fusées elle-même ».
Redonner une place de premier choix à la France
Pourtant le général a bien conscience de la place qu'occupe la France au niveau mondial et il sait qu'elle ne reprendra par son rang d'antan sans l'aide de ses amis européens. Mais l'ensemble qu'il imagine devra être une Europe des nations et non pas une Europe supranationale et surtout, celle-ci devra cesser de dépendre de l'un des deux grands. C'est donc pour ces raisons qu'il s'oppose à l'entrée du Royaume Uni dans la Communauté. De Gaulle considère ce pays d'un mauvais oeil. Il le taxe même de « cheval de Troie » de Washington. Quelques jours avant la signature du traité, il a mis fin aux négociations entamées pour l'adhésion britannique au programme européen. Aussi, le président français mise tous ses efforts sur le rapprochement franco-allemand pour faire avancer cette idée d'Europe qui, en remplissant le rôle de locomotive, pourrait redonner toutes ses lettres de noblesse à la France. C'est là le but de ce traité franco-allemand.
22 janvier 1963, salon Murat de l'Élysée : le général de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer viennent de signer le traité de coopération franco-allemande.
AFP











