Dans la nuit du 12 au 13 août, la police militaire de l'Allemagne de l'Est installe 43 kilomètres de barbelés entre Berlin-Ouest et Berlin-Est et quelques semaines plus tard, un mur remplace les chevaux de frise. Du « rideau de fer » symbolique, on est passé à l'édification du « mur de la honte ». Paradoxalement, c'est en pleine période de détente que s'achève la construction des deux blocs militaires antagonistes, Américains et Soviétiques jouant les chefs de file.
L'équilibre de la terreur
En 1948, après le blocus de Berlin, la ville et le pays sont coupés en deux. D'un côté, Américains, Anglais et Français gèrent la zone Est qui donne naissance à la République fédérale d'Allemagne (RFA) et de l'autre, les Soviétiques ont en charge la zone Ouest qui devient la République démocratique d'Allemagne (RDA). Berlin est le centre de toutes les convoitises. Depuis la mort de Staline en 1953, la rivalité entre USA et URSS s'est amenuisée. L'équilibre de la terreur y est pour beaucoup, chacune des deux nations possédant désormais la bombe thermonucléaire, capable de détruire une partie de la Terre. Fort de son succès spatial avec « Spoutnik », Khrouchtchev va tenter un coup de force en 1958 et réclame la mise sous tutelle de l'ONU de la capitale allemande, à défaut de quoi il engagera un traité de paix avec la RDA qui autoriserait celle-ci à repousser les « agressions » des troupes occidentales. Les Occidentaux refusent. S'ensuit une période de « dégel », les Russes étant occupés à faire face aux critiques chinoises qui les accusent d'une gestion trop pacifique de leurs relations avec l'Occident. Aussi, en 1960, Khrouchtchev prend prétexte de l'affaire de l'avion U2 (notre rétrospective de l'année 1960), pour réitérer sa menace de signature d'un accord avec la RDA si l'alliance tripartite de l'Est ne cède pas sur Berlin. Pour toute réponse, la coalition ennemie augmente considérablement ses effectifs militaires en RFA.
200 victimes parmi les candidats à l'évasion
L'exode massif de la population de l'est de la capitale vers l'ouest commence à poser de véritables problèmes au numéro un soviétique : ces départs sont synonymes de condamnation du régime et de pertes économiques importantes. Au vu de tous ces désagréments, Khrouchtchev décide la fermeture des frontières entre Est et Ouest et ordonne la construction de ce mur. Et paradoxalement, après quelques réactions du bout des lèvres, en supprimant une source de conflits, l'enceinte va déboucher sur un assouplissement des rivalités entre les deux blocs. Il conduit aussi à de nombreuses séparations familiales et fera près de 200 victimes, candidates à l'évasion.
Août 1961 : les barbelés entre Berlin-est et Berlin-ouest sont remplacés par un véritable mur.
AFP











