On l'a dit et répété : depuis de nombreux mois, les gouvernements français achoppent systématiquement sur la question algérienne. Le conflit pour l'indépendance s'est largement exporté sur le territoire métropolitain. Un peu partout en France, les attentats se multiplient et les attitudes racistes sont bientôt monnaie courante. Une décision du préfet de police de Paris, Maurice Papon, va encore envenimer la situation : alors que 22 policiers sont tombés sous les balles du Front de libération nationale (FLN) en quelques mois, les syndicats de police lui réclament plus de fermeté à l'égard des Algériens présents sur le sol français. Le 5 octobre 1961, Papon, décrète un couvre-feu unilatéral pour tous les Algériens de 20 h 30 à 5 h 30, la fermeture des débits de boissons tenus et fréquentés par les Algériens et l'interpellation de tout Algérien circulant en voiture, avec mise en fourrière immédiate du véhicule. Il autorise également leur arrestation de jour comme de nuit sans que les forces de l'ordre n'aient à se justifier. C'en est trop pour les ressortissants algériens qui, à l'appel du FLN, décident d'organiser une grande manifestation de protestation le 17 octobre à 20 h 30 sur les Champs-Élysées à Paris, avec femmes et enfants et à l'heure où le couvre-feu entre normalement en vigueur.
Un massacre passé sous silence
Le général de Gaulle, président de la République, voit dans cet appel à la manifestation une pression inadmissible sur les négociateurs français et indépendantistes qui traitent à Évian du futur statut de l'Algérie. Il va donner carte blanche à Maurice Papon pour interdire le rassemblement et, à défaut de pouvoir l'empêcher, l'autoriser à le disperser par tous les moyens. Et le pire va arriver. Alors que quelques dizaines de milliers de personnes défilent dans les rues de la capitale pour faire entendre leur mécontentement, les forces de police répriment dans la violence et sans ménagement cette manifestation. Il est procédé à plus de 10 000 arrestations, hommes, femmes et enfants confondus, qui sont rassemblés au Palais des sports de la porte de Versailles, au stade de Coubertin et au centre de tri de Vincennes. Quelque 200 protestataires auraient été jetés dans la Seine. La presse met quelques jours à répercuter l'information, pointant une réelle atteinte aux droits de l'homme, mais il est trop tard. La dénonciation de ce massacre, trop molle et trop lente ne permet à l'opinion publique ni de prendre la dimension du massacre qui vient d'être perpétré, ni de réagir en conséquence.
Les manifestants algériens qui s'opposaient au couvre-feu imposé aux Français musulmans ont été victimes d'une répression sanglante.
AFP — Fernand Parizot











