Les chiffres qui suivent disent la crise que traverse l'industrie textile du département du Haut-Rhin en cette fin des années 50. Publiées par L'Alsace, ces données sont celles du mois d'octobre 1958 sur l'ensemble du département. Filatures de coton.- Production : 2 474 tonnes. Stocks : 1 464 tonnes. Commandes : 2 294 tonnes. Tissages de coton.- Production : 1 548 tonnes. Stocks : 5 857 tonnes. Commandes : 1 143 tonnes.
L'équation est simple. Le différentiel entre la production et les stocks d'un côté, les commandes de l'autre est de 1 644 tonnes. Pour le secteur du tissage, il s'élève à 6 262 tonnes ! Ces deux chiffres viennent gonfler, au mois de novembre suivant, le tonnage déjà important des stocks. Un tonnage auquel il faudra ajouter à nouveau celui de la production et déduire celui, insignifiant, des commandes. La boucle est bouclée, le serpent se mord la queue et le secteur s'enfonce dans la crise. Il semble en effet que, depuis quelque temps, l'industrie textile française, et par conséquent sa branche haut-rhinoise, qui fournit 15 % de la production globale, est mal en point, prise dans un cercle vicieux. Comme de nombreux autres secteurs de production français, elle a connu son heure de gloire avec le redémarrage et même l'envol de l'économie, au lendemain de la guerre. Grisés par cette expansion, les gérants ont massivement acheté de la matière première, provoquant ainsi l'augmentation constante de la production. Mais rapidement, et comme les chiffres avancés ci-dessus en témoignent, l'offre est devenue supérieure à la demande, ce qui a eu pour conséquence d'accroître considérablement les stocks. Ajouté au processus, encore en cours, d'automatisation des modes de production, ce phénomène entraîne des licenciements massifs dans l'un des premiers secteurs pourvoyeurs d'emplois dans la région. Du coup, entre la diminution du pouvoir d'achat et la lutte contre l'inflation qui empêche la délivrance de crédits, le cycle des commandes n'a pu reprendre… Et la boucle est bouclée.
Des stocks de plus en plus importants et de moins en moins de commandes.
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