Le 2 décembre, à 21 h 13, une forte détonation se fait entendre non loin de Fréjus dans le Var. Le barrage du lieu-dit « Malpasset » vient de céder. Quand la construction de cette retenue a commencé dans la vallée du Reyran, ses bâtisseurs avaient pour intention de mieux réguler le débit d'un torrent sec en été et en crue l'hiver. Ce contrôle était censé permettre une meilleure irrigation des cultures, dans une région où les pluies sont très irrégulières. L'inauguration de l'ouvrage a eu lieu en 1954, mais la faiblesse des pluies des années suivantes et une procédure judiciaire contre l'un des entrepreneurs ont longtemps empêché son remplissage. A contrario, cette année, les pluies ont été diluviennes et la cote d'alerte a été atteinte plusieurs fois dans les jours qui ont précédé l'accident. À 18 h, ce 2 décembre, le gardien du barrage décide d'ouvrir les vannes du déversoir pour éviter la catastrophe. En trois heures, 300000 mètres cubes d'eau se déversent et le niveau du bassin baisse de trois centimètres. Malgré cette initiative, le barrage se rompt, libérant un gigantesque raz de marée, qui va tout emporter sur son passage.
Une vision apocalyptique
Une vague de 40 mètres de haut déferle sur la vallée, atteignant Fréjus vingt minutes après la rupture du barrage. Cités dans L'Alsace, les propos de ce témoin disent la vision apocalyptique que les habitants de la région ont dû avoir de ce moment : « Ma femme pensait que le grondement était dû au passage d'un train. À la place du train, et presque aussi vite que lui, j'ai vu passer un arbre, un camion et des tonneaux entraînés par un courant furieux, qui montait presque aussi vite que du lait dans une casserole ». Le bilan est lourd : plus de 400 morts, une centaine de disparus, près de 2000 familles sinistrées, cent maisons totalement détruites et 700 largement endommagées. La région et le pays sont sous le choc. Reste à déterminer le ou les responsables de cette catastrophe. L'ingénieur André Coyne, constructeur du barrage, est montré du doigt. Mais il n'en est pas à son coup d'essai et il est disculpé. Des années d'enquête conduiront à un verdict fataliste : en 1967, la Cour de cassation conclura qu'à Malpasset, « la nature avait préparé un véritable piège », laissant tous les sinistrés dans le plus grand désarroi. André Coyne l'avait prédit : « De tous les ouvrages construits de la main de l'homme, les barrages sont les plus meurtriers ». Ça s'est malheureusement vérifié à Malpasset.
Un pompier évacuant un jeune garçon qu'il vient de sortir d'une maison en ruine. La catastrophe fera 423 morts à Fréjus.
AFP











