Les pays d'Asie et d'Afrique récemment décolonisés décident d'organiser à Bandung, en Indonésie, la conférence des peuples afro-asiatiques. Face aux blocs soviétique d'un côté, américain de l'autre, ces pays prennent conscience qu'ils forment un « tiers monde » (l'expression est inventée à cette époque) et font le pari de s'affirmer sur la scène politique mondiale, pour la première fois dans l'histoire. L'initiative de ce rendez-vous revient essentiellement à cinq pays fraîchement affranchis de leur tutelle : l'Inde, la Birmanie, Ceylan, le Pakistan et l'Indonésie. Dans la lignée de la démarche de Gandhi, Nehru, le Premier ministre indien, est le fer de lance de cette volonté d'imposer aux grands de ce monde la notion de droit à l'égalité de tous les peuples. Le poids démographique de son pays l'encourage évidemment dans son initiative. La conférence a lieu du 18 au 24 avril, sous la présidence de Sukarno, le chef de l'État indonésien. Vingt-neuf nations sont présentes, représentant 55 % de la population terrestre, mais seulement 8 % du revenu mondial. La majorité d'entre elles ne disposent pas des moyens de leur propre subsistance et, malgré (ou à cause de) leur émancipation récente, restent dans la dépendance des pays industrialisés. Toutes s'entendent sur la condamnation du colonialisme. La déclaration finale de la conférence est d'ailleurs manifeste à cet égard : « Le colonialisme sous toutes ses formes est un mal auquel il doit être rapidement mis fin ». Tous les États présents réclament de fait la possibilité d'accéder aux richesses mondiales et un partage plus équitable de celles-ci.
La mort du complexe d'infériorité
À l'affrontement Est-Ouest va-t-il s'ajouter, après Bandung, une ligne d'opposition Nord-Sud ? À l'issue de la conférence, l'unité des participants est certes sans équivoque sur le colonialisme et le sous-développement, mais elle est moins évidente sur les relations à adopter avec chacun des deux grands blocs. Trois positions s'affichent. L'Indien Nehru et l'Égyptien Nasser tiennent à la neutralité : pour ces deux dirigeants, choisir un camp constitue une forme d'aliénation, synonyme de l'ancienne tutelle coloniale. De leur côté, Pakistanais, Turcs et Japonais condamnent avec la même force les deux superpuissances. La Chine et le Vietnam du Nord sont, quant à eux, favorables à l'URSS. Chacun des participants à la conférence préférera ne pas trop creuser la question… L'important, comme le dira le poète Léopold Senghor, futur président du Sénégal, c'est que Bandung marque « la mort du complexe d'infériorité » de pays et de peuples jusque-là dominés. Reste qu'avec un peu de recul, cette conférence ne semble pas avoir changé grand-chose en matière d'inégalités.
Avril 1955 : l'intervention du ministre des Affaires étrangères chinois, Chou En-Lai, lors de la conférence réunissant en Indonésie les représentants de 29 pays du tiers monde.
AFP











