Le 10 juin 1944, quatre jours après le débarquement allié en Normandie, 642 habitants du village d'Oradour-sur-Glane, situé à 20 km de Limoges, étaient massacrés par la division SS Das Reich, dans l'un des crimes de guerre les plus atroces commis en France durant la Seconde Guerre mondiale. Plus de huit ans après, le 12 janvier 1953, le procès des auteurs de ce massacre s'ouvre à Bordeaux. Sur le banc des accusés : sept Allemands et quatorze Alsaciens, dont treize incorporés de force (des « Malgré-nous») et un engagé volontaire.
Oradour était devenu un symbole
L'affaire est emblématique, car « Oradour était devenu un symbole. Le nom de ce village du Limousin avait une résonance telle qu'il retentissait à lui seul dans la France libérée avec la charge d'émotion qui put s'attacher à des noms comme Verdun », écrit Jean-Marc Théolleyre dans Procès d'après-guerre. Surtout, ce procès oppose les Français aux Français. Emblème de tout un pays supplicié par la barbarie nazie, Oradour a soif de justice, et qu'importe que les bourreaux aient été volontaires ou non. De leur côté, les Alsaciens se disent doublement victimes : non seulement ils ont dû, eux aussi, subir la cruauté allemande, mais ils ont, en plus, été contraints de collaborer. Pris entre l'enclume et le marteau, ils considèrent n'avoir pas eu le choix. Le 13 février, le verdict tombe : deux condamnations à mort sont prononcées, dont une à l'encontre de l'engagé volontaire alsacien. Neuf des « Malgré-nous » sont condamnés à dix à douze ans de travaux forcés et les quatre autres à cinq à huit ans de prison. Le verdict provoque un tollé en Alsace, où des grèves et des manifestations sont organisées en signe de protestation. En urgence, mais au terme de débats passionnés, les parlementaires votent l'amnistie « pleine et entière » pour les incorporés de force. « Ce qui doit être avant tout évité, c'est qu'après avoir perdu dans la tragédie d'Oradour tant de ses enfants assassinés par l'ennemi, la France laisse de surcroît infliger une amère blessure à l'unité nationale », approuve le général de Gaulle. La colère passe dès lors dans le camp des Limousins, qui n'inviteront plus les représentants de l'État aux cérémonies commémoratives du massacre. Et il faudra attendre 1998 et les démarches de Roland Ries, le maire socialiste de Strasbourg, pour que les relations entre les deux régions se réchauffent enfin.
L'audition des Alsaciens lors du procès de Bordeaux.
AFP











