Ce n'est pas parce qu'on vient tous les samedis à Bonal qu'on sait tout du riche passé du FCSM. En visionnant Sochaux, une usine, un club, on découvrira samedi l'histoire passionnante d'une équipe au destin intimement lié à celui d'une entreprise, et son rôle de précurseur.
“ Un club pour offrir une occupation aux ouvriers”
Ce film est signé Laurent Lutaud, pour Seppia, une agence strasbourgeoise de production de documentaires historiques. A enregistrer d'office si l'on aime Sochaux, à moins d'attendre la sortie du DVD, le 17 octobre, avec des bonus, notamment sur les coulisses de la coupe de la Ligue au stade de France. L'idée a été lancée il y a trois ans par Jean-Jacques Schaettel qui dirige Seppia, avec Alfred Wahl, historien et spécialiste du football en France. Laurent Lutaud s'y est greffé il y a un an et demi sur le sujet, de la première coupe de la Ligue perdue, jusqu'à la victoire, en avril 2004. « Ce film appartient à une collection sur les grands clubs de football, ajoute Marie-Thérèse Litzler-Montalto, directrice des programmes de France 3 Bourgogne/Franche-Comté. Aux côtés de Reims ou Metz, il sera diffusé dans les autres régions du grand Est. Car il ne s'adresse uniquement aux supporters sochaliens ou aux amateurs de football. Avec en fil conducteur les explications historiques et éclairées de Fabien Dorier, chargé de communication au club, qui a aussi été l'élève d'Alfred Wahl, Laurent Lutaud a interviewé les anciens du FCSM, mais aussi de nombreux joueurs actuels et des supporters. En restant sur « le regard » qu'il s'était fixé dès le début : « Le lien social du club dès sa création avec l'usine Peugeot ».
Jean germain, le doyen
Implantée à Sochaux en 1912, la firme du Lion décide, par le biais de Jean-Pierre Peugeot, de fonder un club de haut niveau dès 1928. « Pour offrir une occupation aux ouvriers en dehors du travail », explique Roland Peugeot. « On parlait de foot, on ne parlait pas boulot, et on n'allait pas dans les syndicats », soulignent des anciens. Le club du patron se doit d'offrir un spectacle de qualité. Peugeot recrute donc des joueurs dès 1930, qu'il rémunère, avant de créer, en 1932, la coupe Peugeot, ancêtre du championnat de France. « Ils sont venus me chercher à Ferney-Voltaire en 1934, alors que je venais de passer le bachot », raconte Jean Germain, l'un des premiers footballeurs professionnels, 90 ans aujourd'hui.
“ Tous les samedis, t'es une star ou t'es un con”
Sa carrière a été stoppée par la guerre, et les finances exsangues de l'entreprise après 1945 ont incité Peugeot à changer de cap et chercher des Lionceaux dans la région. Laurent Lutaud s'est aussi infiltré, à la manière des Yeux dans les bleus, dans les coulisses du club et de la coupe de la Ligue, au milieu des supporters, des joueurs et de l'encadrement chez qui on revit le suspense et la joie. Aujourd'hui, le FCSM est une entreprise à part entière, qui doit donner des résultats à chaque match : « Tous les samedis, t'es une star ou t'es un con », résume Jean-Claude Plessis, président depuis cinq ans. « L'idée était flatteuse mais justifiée, dans un club qui est allé contre vents et marées, et qui a essayé de conserver l'essentiel : être une équipe de foot sans faire de bruit, dans une agglomération qui n'a sans doute pas le potentiel d'avoir un club de cette envergure ». Une grande partie du film est consacrée à la formation, culture sochalienne datant de 1974 : « Tant que je serai là, je ne relâcherai pas cette politique », ajoute le président. « On essaie de les faire devenir des hommes », dit, dans le film, Philippe Anziani, aujourd'hui entraîneur de l'équipe réserve. Même si le nom n'est plus sur les maillots, le club suit toujours Peugeot qui, dans le pays de Montbéliard, accompagne encore ses salariés et leur famille de l'enfance à l'après-vie professionnelle.











