“ Vous dirigez la collection de livres « Ecrivins ». Quelle est votre démarche ?”
Je suis un fou de vin et de littérature. J'avais ce désir très égoïste de réunir ces deux passions coupables et délicieuses. Je nourrissais depuis trois ans le projet de créer une collection réunissant la littérature et le vin parce qu'il n'existe pas beaucoup de textes littéraires sur le vin.
“ Il y a quelque chose de magique qui rapproche l'écrivain et le vigneron”
Il y a certes beaucoup d'ouvrages consacrés aux vins, à l'oenologie, mais la collection « Ecrivins » que je dirige chez Stock a pour but de publier des livres de littérature. Je suggère à des écrivains dont j'aime les textes de s'emparer du thème du vin, s'ils en éprouvent le désir. Il ne s'agit pas d'ouvrages de commande mais de textes très intimes, d'un grand degré d'exigence. Les premiers textes parus ne sont pas jubilatoires mais douloureux.
“ Quels rapports y a-t-il entre le vin et l'écriture ?”
Je vois un parallèle entre le vigneron et l'écrivain. Le vigneron arrive à faire un breuvage mystérieux et sublime avec de simples raisins. Il en est de même pour l'écrivain qui travaille à partir de simples mots. Il y a là quelque chose de magique qui nous rapproche. Je suis fasciné par la fabrication, par le processus de maturation : la différence entre deux vins n'est pas seulement liée au terroir mais au supplément d'âme du vigneron. Le vin, comme le livre, est le miroir des hommes et des terres. Il peut être convivial. Il peut nous faire sombrer dans l'abîme. Il est à l'image de l'homme, il est ce que nous sommes. Il faut se méfier de la mythologie du vin et de l'écrivain. Beaucoup d'auteurs ont des rapports difficiles avec l'alcool. On croit que le vin nous aide. L'alcool est une formidable béquille à l'humanité souffrante.
“ Le Prix Renaudot vous a été attribué l'an dernier. Qu'est ce que cela change ?”
Le prix a changé ma vie quotidienne : je suis invité à de multiples rencontres dans toute la France et à l'étranger, les « Ames grises » étant traduites en 25 langues. C'est fatigant, c'est surtout très émouvant de rencontrer des gens qui rendent vivant votre livre. Mais à 42 ans, un prix ne fait plus tourner la tête. Je vais à l'essentiel : la famille, le bonheur, l'écriture. Actuellement, j'écris « La petite fille de monsieur Linh », une petite musique toute simple. Et je travaille avec le metteur en scène Yves Angello au tournage des « Ames grises ». J'en ai écrit moi-même le scénario dans l'idée de restituer le même mystère avec une autre grammaire : le film ne sera pas un décalque du roman.
Y ALLER
« Ecrivins », avec Philippe Claudel, débat animé par Raymond Couraud, suivi d'une dégustation de vins, à l'Hôtel de ville de Saint-Louis, vendredi 1e r octobre à 19h.
DR
Philippe Claudel, un passionné de littérature et de vin.











