Le deuxième jour d'audience concernant un dossier d'économie souterraine au tribunal correctionnel de Colmar a été consacré à l'audience des receleurs et vendeurs. Le système de distribution des marchandises dérobées par les cinq auteurs entendus avant-hier (« L'Alsace » d'hier) s'appuie sur un réseau de voisins et de connaissances qui cherchaient les clients. Parmi ces « commerciaux », dans le cercle le plus éloigné, on trouve une palette de personnages. Ainsi, une infirmière qui rencontre Mohamed Basraoui en discothèque, accepte trois pièces de lingerie en cadeau et veut passer commande de quelques marchandises, parce que c'était « excitant », avait-elle expliqué aux enquêteurs. Ainsi un quinquagénaire du quartier qui avait entendu dire que Hakim Nouali vendait à bas prix des fins de séries et qui a acheté un caméscope à 750 €. Ainsi, un jeune homme socialement inséré qui a acheté cent cartouches de cigarette à 13 € pièce, qu'il a revendues entre 15 et 25 €. Ainsi encore, un jeune homme en grande difficulté qui prêtait son garage et son appartement pour stocker la marchandise contre de la nourriture.
Business au commissariat
Les plus actifs se trouvent dans le rang des proches et amis. Les épouses et concubines, ainsi que les soeurs ont pourtant plaidé l'innocence ou en tout cas la non connaissance de l'origine des marchandises, sur le registre de la femme soumise : « Il ne me parlait pas de ses affaires », expliquait l'une d'elle. Thèse appuyée par leurs compagnons : « C'est moi le patron à la maison, ma femme, elle n'a rien à voir dans cette affaire ». Le plus « atypique » est un gardien de la paix de Mulhouse, beau-père de la compagne d'un des auteurs. Celui-ci a recelé et revendu des jean's et des cigarettes. Hier, il a voulu plaider la naïveté, mais il a immédiatement été remis en place par la présidente qui lui a lu une conversation téléphonique dans laquelle il demandait à Aziz Moubtassim de lui amener la marchandise au bureau… « Comme cela, je pourrais immédiatement te mettre en garde à vue », avait-il blagué. Ce prévenu a déclenché la colère du ministère public représenté par Carine Greff qui a requis à son encontre deux ans de prison ferme et l'interdiction d'exercer son métier pendant trois ans.
« Juste des vols »
D'une manière générale, Carine Greff a souligné « l'ampleur » de l'affaire : 14 casses à la voiture bélier et un vol avec violence à l'égard d'un boulanger auquel on a dérobé sa voiture sous la menace d'un rasoir ou d'un couteau. « Cela représente 380 000 € de préjudice, sans compter les dix voitures volées et pour certaines brûlées ! » a-t-elle souligné. Ces affaires ne s'apparentent pas à des « petits casses impromptus entre amis ; tout était programmé ». Elle a requis entre cinq et onze années de prison pour les cinq auteurs ; jusqu'à deux ans ferme pour les receleurs avec des peines d'amende pour les plus petits, « pour leur montrer que les bonnes affaires peuvent se révéler être de très mauvaises affaires ». Les principaux auteurs ont pris la parole une dernière fois, dont Mohamed Basraoui : « J'ai volé, je n'ai rien fait de plus. Il ne faut pas monter cette histoire comme si on était…, j'sais pas… des terroristes ». Dernier jour d'audience aujourd'hui.











