Si l'instabilité des institutions n'est pas l'apanage de cette année, 1948, avec ses nombreuses crises ministérielles et gouvernementales, illustre l'inconstance chronique de la IVe République. Quatre présidents du conseil se succèdent cette année-là : Robert Schuman, André Marie, à nouveau Schuman, puis Henri Queuille, chacun achoppant sur un projet de loi.
22 gouvernements en douze ans
Schuman est mis en minorité sur la question des crédits militaires à la mi-juillet ; Marie est contraint à la démission après avoir proposé d'étendre la distribution de bourses d'études aux élèves des écoles privées ; Schuman revient à la présidence pour quinze jours avant de céder son fauteuil à Queuille. Ce déséquilibre permanent trouve son origine dans la genèse même de la IVeRépublique. Début 1946, de Gaulle démissionne, en désaccord avec l'Assemblée constituante. Il veut un gouvernement fort, avec une prédominance de l'exécutif sur le législatif. S'ensuivent de longs débats sur la mise en place d'un régime plus frais, qui autoriserait des réformes à tous les niveaux. Finalement, le 13 octobre 1946, une nouvelle constitution est adoptée par référendum. Mais le texte est bancal, instaurant une nette ascendance des pouvoirs parlementaires, élus à la proportionnelle. La période qui s'ouvre est donc marquée par l'inexistence d'une majorité stable, ce qui obligera systématiquement les députés à souscrire des alliances, souvent contre-nature. Cette instabilité parlementaire condamne la IVe République à l'immobilisme. De 1946 à 1958, année de création de la Ve République, vingt-deux gouvernements se succéderont, alors que l'Élysée ne verra s'installer dans le même temps que deux locataires : les présidents Vincent Auriol (1947-1954) et René Coty (1953-1959).
Modernisation et décolonisation
Pourtant, la période est marquée par une industrialisation à tous crins et une réelle modernisation du pays. Des efforts particuliers sont consentis dans les secteurs du charbon, de l'électricité, de l'acier, du ciment et des transports. Le niveau de vie des Français augmente nettement et en 1952, la production retrouve son niveau d'avant la crise de 1929. Mais la période est également marquée par une vague de décolonisation, du Maroc à la Tunisie, en passant par l'Indochine. Une décolonisation rendue plus difficile et aventureuse par l'absence de pouvoir stable à Paris. C'est d'ailleurs la question algérienne qui entraînera la chute de la IVe République.
Vincent Auriol proclamé président de la République par le président du Conseil, Léon Blum.
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