Aux élections législatives de 1946, les communistes tchécoslovaques, avec 38 % des voix, auraient pu prendre le pouvoir, mais ont fait le choix de constituer un gouvernement de coalition avec les « modérés » et les socialistes. En ce début d'année 1948, le compromis entre les dirigeants ne tient plus, les positions se radicalisent. Les raisons de ce divorce sont essentiellement économiques : les récoltes de 1947 ont été particulièrement mauvaises, provoquant la famine. Qui plus est, les dirigeants russes, dans leurs velléités expansionnistes, ont empêché le pays de profiter du plan Marshall. Les démarches entreprises par Jan Masaryk, le ministre des Affaires étrangères, n'ont pas décidé les États-Unis à accorder une aide spéciale aux Tchécoslovaques.
Manifestation et contre- manifestation
La situation politique est particulièrement tendue : les ministres communistes sont en opposition constante avec les ministres « bourgeois ». Voyant leur influence décroître à l'approche des élections, prévues en mai, les communistes (PCT) mettent en place une série d'aides sociales, espérant ainsi empêcher la prise du pouvoir par les seuls modérés. Les autonomistes slovaques aggravent la situation à leur tour, en multipliant les revendications. Enfin, les modérés du gouvernement exigent du Premier ministre Klement Gottwald, qui embauche systématiquement des communistes, qu'il élargisse le recrutement des fonctionnaires aux autres formations politiques, l'accusant de noyauter la police et l'armée. Le 21 février, les communistes, refusant de céder, invitent la population à former des « comités d'action révolutionnaire ». Des milices sont formées, les usines et les administrations sont en ébullition. De grandes manifestations (250000 personnes) sont organisées, avec l'aide de la police. À leur tour, 15000 étudiants hostiles aux communistes descendent dans les rues de Prague pour exprimer leur mécontentement. La manifestation est réprimée dans le sang. Ces exactions entraînent la démission des ministres modérés, qui espèrent ainsi pousser Gottwald à la capitulation. Mais le 25 février, les communistes réussissent, contre toute attente, à convaincre le président Edouard Bénès, affaibli par la maladie et politiquement isolé, de former un nouveau gouvernement, constitué en majorité de « travailleurs ». Le 10 mars, Masaryk se suicide, dans des circonstances controversées.
Les communistes détiennent désormais tous les pouvoirs
Aux élections de mai, les communistes, seuls en lice, remportent 86 % des voix. Le 8 juin, le président Bénès démissionne et Gottwald lui succède. Les communistes détiennent désormais tous les pouvoirs, achevant de faire de la Tchécoslovaquie un pays vassal de l'URSS. L'industrie est nationalisée, l'agriculture collectivisée. Une grande purge frappe l'administration, les partis « bourgeois », les intellectuels, l'Église et les juifs. Entre 1949 et 1954, plus de 40000 personnes seront jugées pour « atteinte à la sûreté de l'État ». 178 seront exécutées.
Le « coup de Prague » : le 25 février, le Premier ministre tchécoslovaque, Klement Gottwald, s'adresse à la foule.
AFP











