Les dirigeants du PS se montraient humbles, hier
soir, après avoir infligé à la droite une défaite dont ils rendent
responsables, au premier chef, le Président de la
République.
VINGT HEURES, hier soir,
rue de Solferino, à Paris. Devant les téléviseurs installés dans la
cour, une salve d'applaudissements accueille les premières
estimations du deuxième tour. Elles donnent la gauche très
nettement en tête avec 49,9 % des suffrages. Un sac estampillé MJS
(le mouvement des jeunes socialistes), en bandoulière, Nathalie
Maquoi, 25 ans, a un sourire qui la dispense de commentaires
: « Les chiffres parlent d'eux-mêmes. C'est pour nous une
revanche sur le traumatisme du 21 avril ». La jeune étudiante en
histoire exprime le sentiment commun dans cette soirée au siège du
Parti socialiste. Depuis près d'une heure déjà, militants et
dirigeants, informés par la rumeur, via les téléphones portables,
s'attendaient à ce bon score. Les responsables avaient d'ailleurs
cadré, par avance, le bulletin de victoire. Dès 19 h 30, Annick
Lepetit, porte-parole du PS, nous le résumait en quelques points. «
Primo, la gauche unie est gagnante dès qu'elle est unie. Ce
résultat va lui redonner confiance. Secundo, les Français ont
utilisé le vote à gauche, je dis bien "utilisé", pour sanctionner
le gouvernement. Tertio : il s'agit bien d'une élection régionale,
et non pas une élection législative. Nous ne mélangeons pas les
genres, même si au Parlement, l'opposition sera un peu moins
méprisée, du moins je l'espère. Mais nous ne ferons aucune attaque
individuelle par exemple en demandant le départ de Jean-Pierre
Raffarin. Nous n'avons pas intérêt à personnaliser, à nous mêler
d'un éventuel remaniement. C'est la politique du gouvernement est
de Jacques Chirac, premier responsable, qui subit un lourd échec ».
Traduction : la rue de Solférino veut rester modeste et sans esprit
polémique, comme si elle craignait, dans les jours qui viennent, le
retour au péché d'orgueil. « Pas question de rentrer dans le jeu du
remaniement, confirme Julien Dray, autre porte-parole. Mais nous
mettons en garde, de manière solennelle, le chef de l'État : Il
s'est écarté de son mandat du 5 mai 2002, basé sur le pacte
républicain. Il doit changer de politique sous peine d'aller à
l'accident social ». Au plan interne, il rend un hommage appuyé au
chef de campagne « Il efface le 21 avril. Pour François Hollande,
tout commence…». Toujours en clair : selon, Julien Dray, les
rapports de force, entre les dirigeants du PS viennent de tourner à
l'avantage du Premier secrétaire. Dès l'issue d'une élection les
responsables politiques ne manquent jamais de préparer la suivante.
En l'occurrence, la plus importante de toutes : la présidentielle
de 2007.