Devant le siège de l'UMP, hier soir, les
militants font grise mine. Ils estiment qu'il faut faire
abstraction des personnes, tout en pronostiquant la « montée en
puissance » de Nicolas Sarkozy.
LE SIÈGE national de
l'UMP, rue de La Boétie est resté fermé aux militants jusqu'à 19 h
20, hier soir, alors que les invitations annonçaient 19 h. À
l'intérieur quelques dirigeants peu nombreux tenaient conclave.
Jérôme Monod, conseiller du président de la République, était venu
très tôt, dès 18 h 20, la mine sombre. Suivi quelques
minutes plus tard, par Jacques Toubon, ancien ministre de la
Culture, le visage tout aussi grave. Dehors, l'ambiance, malgré un
météo printanière, s'alourdit également. Car les premières
estimations, très mauvaises pour la droite, commencent à filtrer. «
Faut pas espérer des miracles, soupire Olivier Houel, cadre en
ressources humaines. Issu, comme le Premier ministre de la famille
libérale, il considère « que la question « Raffarin ou pas Raffarin
» est mal posée. Il faut une politique plus humaine, plus sociale,
moins dure pour ceux de la France d'en-bas, mais sans forcément
changer de chef… De toutes manières, Chirac le gardera sans
doute, au moins jusqu'aux Européennes ». Sophie Chatain, qui
travaille dans la communication, fait le même pronostic. « Pour
l'instant, il faut faire abstraction des personnes ». « Pour
l'instant seulement…», nuance-t-elle. Entre Olivier et
Sophie, devant l'immeuble du grand parti majoritaire, le débat
s'engage. Tous les deux parient sur la montée en puissance de
Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, mais avec une analyse
très divergente. Pour la jeune femme, « chiraquienne depuis l'âge
de 14 ans », nul doute que le chef de l'État doit se représenter en
2005. « Il a fait un travail colossal, au plan international
notamment, et il doit le poursuivre ». « Pas du tout », réplique
Olivier. « Un homme politique doit savoir se retirer à temps. Le
président doit laisser la place aux plus jeunes ». Tous deux se
rejoignent à nouveau pour prédire que l'Élysée « n'aura pas le
choix : Sarkozy se verra proposer Matignon peut-être pas tout de
suite, mais dans les prochains mois ». « Afin qu'il s'essouffle,
comme Mitterrand l'avait fait avec Rocard », prévoit la militante.
« Sarko n'est pas dupe. Il ne se laissera pas faire », estime son
contradicteur. Philippe Bourgade, un T-shirt « Jeunes populaires »
(mouvement des jeunes de l'UMP) sur l'épaule, joue les arbitres. «
C'est l'un des débats qui agitera la majorité. Mais il y en aura
bien d'autres. Nous entrons dans une période de turbulence »,
constate cet étudiant. Enfin les portes s'ouvrent mettant un terme
au forum improvisé. « Allons-y, mais ce dimanche soir, ne sera pas
très festif », lance Philippe.