A l'issue du second tour des élections régionales, hier soir, la droite ne conserverait qu'une seule (l'Alsace) des quatorze régions de France métropolitaine qu'elle détenait depuis 1998. Qui plus est, aucune liste emmenée ou comprenant l'un des 19 ministres du gouvernement ne sera aux commandes d'un exécutif régional. Le taux d'abstention, qui était de 37,9 % au premier tour, serait tombé aux alentours de 34 %. Cette plus forte mobilisation des électeurs semble avoir profité à la gauche qui recueillerait près de 50 % des voix (+6 par rapport au premier tour), contre 37 % à la droite (+3) et 12,5 % au Front national (-2,5). Symbole de la vague rose et du désaveu cinglant pour le Premier ministre, son ancien fief, le Poitou-Charentes -qu'il a dirigé pendant quatorze ans jusqu'en 2002- où Ségolène Royal (PS) obtiendrait 55,5 % des suffrages, soit 20 points d'avance sur Elisabeth Morin (UMP), successeur de M. Raffarin à la Région. Autres victimes de ce raz-de-marée, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing (UMP) en Auvergne, le ministre Gilles de Robien (UDF) en Picardie et son collègue François Fillon (UMP) dans les Pays de la Loire, fief traditionnel de la droite. Deux autres bastions basculent à gauche : la Bretagne et la Franche-Comté. Élus en 1998 avec les voix des élus du FN, Jacques Blanc et Jean-Pierre Soisson perdent le Languedoc-Roussillon et la Bourgogne. Dans ce contexte, la gauche conserve aisément les huit régions qu'elle détenait déjà, dont l'Ile-de-France, où Jean-Paul Huchon (PS) devance nettement le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé (UMP). Dans une autre région phare, PACA, le président sortant Michel Vauzelle (PS) l'emporte facilement face à Renaud Muselier, secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Même cas de figure en Aquitaine et dans le Nord-Pas-de-Calais, où les sortants Alain Rousset (PS) et Daniel Percheron (PS) font barrage aux ministres Xavier Darcos (UMP) et Jean-Paul Delevoye (UMP).
On ne peut pas réformer sans le soutien du peuple
Un peu moins de deux ans après la très large victoire de Jacques Chirac à la présidentielle, suivie juste après d'un succès de la droite aux législatives, la majorité enregistre une déroute totale, dans un renversement de situation électorale rarement observé depuis 1981. La gauche a, semble-t-il, fait le plein des voix, y compris de l'extrême gauche et des abstentionnistes du premier tour qui se sont rendus aux urnes hier. Le ministre des Affaires sociales François Fillon a reconnu que le pays avait connu hier « un 21 avril à l'envers ». Il a par ailleurs plaidé pour que M. Chirac « prenne en compte une situation politique nouvelle ». « On ne peut pas réformer un pays comme le nôtre sans le soutien du peuple », a-t-il insisté, prenant acte que le gouvernement actuel ne pouvait se réclamer de ce soutien. Jean-Pierre Raffarin, tout en affirmant, au vu des résultats, que « des changements s'imposent certainement », avec notamment « une action plus juste », n'a en aucune manière laissé entendre dimanche soir que ses jours étaient comptés à Matignon. Le chef du gouvernement, prudent, a toutefois tenu à rappeler que les « réponses » devraient « être apportées sous l'autorité du président de la République ».
Le sort de Jean-Pierre Raffarin, désavoué hier par les urnes, est désormais entre les mains de Jacques Chirac.
AFP











