« On peut parler d'exception alsacienne », a lâché Adrien Zeller, hier soir, vers 20 h, en prenant connaissance de la déferlante rose sur le reste de la France. L'Alsace est, avec la Corse, la seule région de France toujours ancrée à droite. Pourtant, ici aussi, on a senti les effets de la vague rose…
Zeller meilleur dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin
Et, hier soir, il n'y avait, ni triomphalisme chez le président UMP sortant, ni euphorie chez ses colistiers. Dans la nouvelle assemblée, Adrien Zeller — qui ne disposait que d'une majorité relative de 19 élus en 1998 - aura, par le jeu du changement de scrutin et la prime majoritaire, 27 élus, 16 Bas-Rhinois et 11 Haut-Rhinois. On est cependant loin des espoirs affichés par la liste UMP-UDF-indépendants au début de la campagne. Avec 43,56 % des voix, Adrien Zeller est en deçà du score qu'il pouvait espérer. Les premières estimations, en début de soirée, le créditaient d'ailleurs plus de 45 %. Finalement il n'a séduit que 9 % d'électeurs en plus entre les deux tours… Il est vrai qu'ayant réalisé l'union avec l'UDF avant le premier tour (qui a 7 élus contre 19 à l'UMP et un indépendant), et ayant refusé l'offre de service d'Antoine Waechter, il ne disposait que peu de réserves. Comme dimanche dernier, il doit son succès davantage au Bas-Rhin qu'au Haut-Rhin, même s'il a légèrement plus progressé dans le Sud de l'Alsace. Et davantage au milieu rural qu'aux grandes villes. Le socialiste Jacques Bigot, à la tête d'une liste PS-Verts, a réalisé un score inespéré. Il voulait arriver deuxième. Il a largement atteint son but, gagnant 14 % de plus de voix dans le Bas-Rhin et 15 % de plus dans le Haut-Rhin où il n'avait été que 3e, devancé par le FN au premier tour. Sa liste obtient 12 élus, 7 Bas-Rhinois et 5 Haut-Rhinois. Mais ce sont les Verts, avec 4 élus qui réalisent la meilleure opération. Ils n'en avaient qu'un dans l'assemblée sortante… D'évidence, la gauche a su mobiliser l'ensemble de ses forces, et même au-delà. Jacques Bigot a su s'inscrire dans une dynamique nationale. Et cela s'est ressenti le plus nettement dans les trois grandes villes.
Bigot fait un tabac dans les villes et Binder progresse peu.
À Strasbourg où le maire, Fabienne Keller, est UMP, la liste PS-Verts, avec 47%, devance nettement la liste Zeller (38%), reléguant la liste Binder (FN) à 14 %. À Mulhouse, Jacques Bigot, qui était 3e au premier tour, passe en tête avec 40 % des voix, soit 17 % de plus que dimanche dernier. La liste Zeller-Grosskost est 2e seulement avec 34 % des voix et Patrick Binder 3e avec 24 %. Enfin la surprise vient de Colmar, la ville du député-maire UMP Gilbert Meyer, où la gauche fait quasiment jeu égal avec la droite (38,4 % pour la liste Bigot contre 39,9 % pour la liste Zeller).
C'est finalement Patrick Binder qui, avec 4 % de plus au niveau alsacien et 3 % de plus dans chaque département, progresse le moins entre les deux tours. Il n'a pas réussi à récupérer, malgré ses appels, l'ensemble des voix d'Alsace d'abord… Avec 22 % des voix (20 % dans le Bas-Rhin, près de 24 % dans le Haut-Rhin), la liste du Front national sera représentée par 8 élus, 4 dans le Bas-Rhin et 4 dans le Haut-Rhin, dont le couple Binder. Mais ils étaient 13 élus FN en 1998. Malgré sa victoire, Adrien Zeller et ses colistiers ne feront pas l'économie d'une réflexion sur le message de mécontentement et d'inquiétude envoyé par plus d'un électeur alsacien sur deux. On peut espérer qu'au vu du coup de semonce général, la nouvelle majorité se répartisse les responsabilités sans nouvelles empoignades entre l'UMP et l'UDF. Il y a notamment le poste très convoité de premier vice-président… qu'Adrien Zeller aurait promis au Mulhousien Bernard Stoessel (UDF), selon ce dernier. D'aucuns, hier soir, se mettaient à rêver. Et si demain Adrien Zeller devenait ministre ? Et pourquoi pas de la Décentralisation ? Sauf qu'il n'est pas certain que le gouvernement songe à donner de nouvelles compétences aux régions.











