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En chantant

Musicien classique de formation, Christophe Barratier raconte dans « Les choristes » l’aventure d’une bande de sales gosses transfigurés par le chant choral. Une œuvre touchante et drôle sur les éternelles blessures de l’enfance.

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était ? Pas si sûr ! Voici que Les choristes nous entraînent dans l’immédiat après-guerre et dans une de ces sinistres maisons de redressement qui avaient de quoi donner des frissons à la plus endurcie des têtes de lard. Dans cet endroit sombrement nommé Fond de l’étang, débarque Clément Mathieu qui dit de lui-même : « Musicien raté, pion au chômage… » Mais le petit homme rond a l’illusion généreuse et un supplément d’utopie à opposer à une citadelle triste où le mot d’ordre est action-réaction. Autrement dit, un gamin moufte et c’est le mitard…
Flash-back : à l’instant d’entrer en scène quelque part dans le monde, Pierre Morhange, chef d’orchestre prestigieux, apprend le décès de sa mère. Revenu chez lui, se réveillent les souvenirs d’une enfance solitaire seulement éclairée par la grâce de la musique…
Décidément les enfants ont la cote dans le cinéma français. Après le gamin qui regarde les cimes dans le récent et inégal Malabar princess, Christophe Barratier entrouvre les portes d’une très répressive maison de correction de 1949 et entraîne le spectateur dans une fable qui marie, avec intelligence et émotion, les thèmes de la musique et de l’enfance. Libre adaptation de La cage aux rossignols (Jean Dréville, 1945), le film repose sur un scénario de qualité et un rythme musical dans le récit où s’enchaînent avec fluidité travellings et panoramiques, fondus-enchaînés et fondus au noir.
En se projetant dans le passé, Christophe Barratier échappe aux contingences de l’actualité (même si le Fond de l’étang renvoie aussi aux contemporains Centres éducatifs fermés de Perben) pour se concentrer sur les éternelles blessures de l’enfance et observer comment l’injustice et l’abandon débouchent sur la rébellion ou l’inhibition. Cependant, Les choristes, porté par les beaux thèmes musicaux de Bruno Coulais, n’est pas un film désespérant. Entre l’andante de l’émotion et le presto de l’humour, le film qui vogue aux frontières du mélo, s’éclaire au fur et à mesure que Clément Mathieu emporte ses jeunes élèves sur les ailes de la musique.
Si le groupe des enfants est dominé par la gueule d’ange et la belle voix de Jean-Baptiste Maunier (Pierre Morhange jeune), Mathieu (Jugnot tout en finesse) et Rachin, le directeur (François Berléand dans un grand rôle de composition) sont deux ratés de la vie. Le second en veut au monde entier et à lui-même en premier alors que le premier a la générosité de l’accoucheur.
Enfin, la chorale peut ici être perçue comme une métaphore d’une société humaniste où chacun évolue dans son propre registre mais où tous, entre rigueur de l’apprentissage et beauté de la liberté créatrice, vont dans le même sens pour arriver ensemble. « Qui néglige la musique, disait Louis Nucera, ignore l’approche du sublime ». En sortant ses partitions de son vieux cartable, Clément Mathieu devient un ange qui passe en laissant une trace indélébile ou fugitive…

Pierre-Louis Cereja

  • LES CHORISTES
    Comédie dramatique (France – 2003 – 1 h 35) de Christophe Barratier avec Gérard Jugnot, François Berléand, Kad Merad, Jean-Paul Bonnaire, Jean-Baptiste Maunier, Jacques Perrin.

  • L’HISTOIRE : Professeur de musique sans emploi, Clément Mathieu obtient un emploi de surveillant dans un internat de rééducation pour mineurs. Dans son cartable, Mathieu a de quoi transformer la vie d’élèves réputés difficiles.

  • Le site officiel.
 


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