Lors des prochaines régionales, les dimanches 21 et 28 mars, le Front National devrait conforter dans pratiquement toutes les régions sa place de troisième force politique. Mais il a peu de chance d'emporter une région et pourrait même éprouver des difficultés à retrouver le total de 275 conseillers régionaux qu'il avait obtenu aux dernières élections du même type. Le nouveau mode de scrutin, qui attribue 25 % des sièges à la liste arrivée en tête, ne devrait pas permettre au FN, si l'on raisonne sur la base d'un niveau équivalent de suffrages à celui obtenu en 1998 (soit 15,02 %), de retrouver les sièges remportés lors de la dernière élection, d'autant que la moitié de ses élus a rejoint le MNR.
Stagnation dans les sondages
Néanmoins, même sans emporter la majorité d'un seul conseil, le Front National pèsera de tout son poids sur ce scrutin car dans les régions où il divise fortement l'électorat de droite, les triangulaires pourraient augmenter notablement les chances de victoire de la gauche. Les derniers sondages nationaux continuent de placer le FN autour de 15 % des suffrages. De même, dans la plupart des régions, les intentions de vote le placent pratiquement au même niveau qu'en 1998. En Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA), l'une des régions — avec l'Alsace — qui recèlent le plus fort potentiel électoral pour l'extrême-droite, la liste FN n'est pour le moment créditée que de 20 à 22 %, soit loin derrière la gauche et la droite parlementaire, placées chacune pas loin de 40 % des intentions de vote.
Le Pen rêve de conquérir six régions
Cette relative « stagnation » des sondages ne semble pas entamer le moral du président du FN, Jean-Marie Le Pen, devenu simple animateur de la campagne de son remplaçant Guy Macary, depuis que sa candidature en PACA a été refusée, faute de domiciliation valide. Résolument plus optimiste que les analystes politiques, M. Le Pen estime que sa formation devrait « enlever le gouvernement régional en PACA », mais aussi en Rhône-Alpes, en Alsace, en Languedoc-Roussillon, dans le Nord et en Picardie. Soit six régions dans l'escarcelle du FN… A l'appui de ces prédictions flamboyantes, Jean-Marie Le Pen invoque notamment les sondages évaluant à plus de 60 % la part des Français qui souhaitent « sanctionner » le gouvernement lors de ce scrutin. Et qu'il s'attribue presque entièrement : « Je crois que le Front National sera le principal bénéficiaire d'une grande vague de protestation nationale ». Le FN s'efforce d'ailleurs d'attaquer les éventuels autres bénéficiaires de ce « vote-sanction », à commencer par l'UDF — qui pourrait prendre au FN sa place de troisième force dans certaines régions — dont il dénonce la « mauvaise démagogie ». M. Le Pen espère en outre recueillir les fruits de certains des débats récents, comme celui sur le port du voile islamique à l'école, que le FN a employé pour dénoncer « l'immigration massive ». La condamnation d'Alain Juppé lui a également permis de réactiver sa thématique sur la « corruption ».
Le rôle de la « victime »
À l'inverse, les bons résultats de Nicolas Sarkozy dans la lutte contre la délinquance peuvent avoir affaibli le discours catastrophiste du FN. D'autant que le ministre de l'Intérieur n'a pas ménagé ses efforts pour appeler les électeurs lepénistes à rejoindre la droite parlementaire. Quant à sa candidature manquée en PACA, le président du FN n'a pas une seule fois admis l'hypothèse que lui-même ou son entourage aurait pu faire preuve d'imprévoyance. Il exploite au contraire au maximum la position de « victime », qui lui avait si bien réussi en 2002 avec l'affaire des parrainages qu'il disait ne pas pouvoir réunir pour la présidentielle. Les effets électoraux de cet épisode surmédiatisé de la campagne régionale sur l'électorat du FN sont difficiles à mesurer. Cette domiciliation ratée pourrait aussi avoir servi de révélateur de « l'âge du président » ou encore d'un certain « amateurisme » de son entourage, terme employé jusque dans la presse d'extrême-droite.
AFP
Jean-Marie Le Pen appelle au « vote-sanction ».











