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Un pavé dans la mare

Le mariage était attendu: dotée du V10 TDI, la Phaeton est une Volkswagen hors du commun.
Diesel, en plus...

Une automobile majuscule.

LA LIMOUSINE DIESEL la plus puissante en ce bas monde? Une Volkswagen. La Phaeton. 313 chevaux extraits sans faiblir d’un somptueux V10 de cinq litres de cylindrée inauguré il y a peu par une autre VW, le 4x4 Touareg. Comme elle est aussi lourde (2.5 tonnes), la limousine n’est guère plus ébouriffante face au chronomètre à ceci près que l’insonorisation et le filtrage des vibrations, nettement meilleurs ici, renforcent encore l’impression de puissance aussi cataclysmique que linéaire. Détonnant, mais avec 750 Nm disponibles dès 2000 t/mn, pas étonnant.
L’auto, de fait, est un magnifique exercice de style — au sens propre déjà, avec une ligne très élégante —, une sorte de caprice d’ingénieur, un vrai pavé dans la mare Mercedes et BMW, voire Audi dont la très belle A8 TDI 4.0 navigue plus ou moins dans les mêmes eaux. Quatuor chic et choc pour bourses rebondies au sein duquel la VW entend bien ne pas faire de la figuration malgré ses origines plébéiennes et son charisme aléatoire. Transmission intégrale, boîte automatique séquentielle à 6 rapports, suspension pilotée, la technologie est là, omnipotente, qui fait de l’engin un des plus sûrs moyens de transport, du moins un des plus sécurisants, à défaut, pour l’heure encore, d’être un des plus prestigieux.

La présentation intérieure est en rapport avec les 100 000 € exigés...

Installé dans cette caisse, le V10 double turbo et injecteurs-pompes de 20 soupapes (et 23 CV) est tout simplement magique de puissance moelleuse et de souffle inépuisable. Mais on prendra garde à ne pas lui céder sans réfléchir: les virages arrivent très très vite et la VW, quoique très efficace et bien équilibrée, est lourde et la physique a ses lois contre lesquelles les nombreuses aides électroniques n’en peuvent mais. Pas sportive, forcément vu le gabarit, elle préfère les grandes courbes prévenantes aux virolos sournois mais il est vrai qu’on n’achètera pas pareil bahut pour faire un temps dans la montée du Markstein. La suspension? Pilotée électroniquement avec amortissement réglable en quatre positions et hauteur de caisse ajustable, elle est globalement plus efficace à bonne vitesse qu’au pas de l’homme sur revêtement agressif: une BMW 760 est ici plus douce. Excellent freinage mais deux remarques, liées à la suspension: la voiture «pompe» lors de décélérations très appuyées et l’ABS peut être parfois un peu sourcilleux. La consommation? Anecdotique probablement pour qui signe le chèque, mais on descendra difficilement sous les 12 litres. VW a tout prévu avec… un réservoir de 90 litres.
Bien entendu, la présentation intérieure de l’objet est en rapport avec les plus ou moins 100000 € exigés. L’ambiance est au très grand luxe, avec de splendides matériaux et un équipement foisonnant (8 airbags, climatisation électronique droite-gauche/avant-arrière, navigation, hi-fi, cuir partout, bois précieux, tous sièges réglables électriquement…). On ne voit pas bien ce qu’il manque et pourtant le catalogue des options est bien fourni.
Bref, l’automobile est exceptionnelle à bien des points de vue. On peut du reste se demander comment elle va cohabiter avec… la Phaeton W12 et son splendide 12 cylindres en W de 420 ch. Si la noblesse mécanique est incontestablement à l’essence, l’agrément général de conduite et le coût d’utilisation (!?!) sont au diesel, le prix étant très voisin dans les deux cas. Question d’époque.

Jacques Prost