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  L’R d’une GTI

La vraie GTI est aujourd’hui japonaise. Signée Honda et siglée Civic Type R. Ici, en effet, seul le sport compte…

Dans cette livrée Type R, la Honda Civic a du mal à cacher son jeu. Du reste pourquoi le ferait-elle ? (DR)

Les immenses roues de 17 annoncent la couleur. L’immense becquet de toit aussi. Et puis aussi, çà et là, quelques appendices aérodynamiques, l’assiette rabaissée, la double sortie d’échappement, le tout un peu voyant tout de même: la Type R n’est pas une Honda Civic 3 portes très ordinaire...
Dedans, itou: deux splendides baquets façon course et basta, le reste est confondant de discrétion, à peine égayé par la vaste console centrale façon... monospace parée de simili alu et les cadrans ton parchemin. L’œil exercé remarquera tout de même... l’absence de radio et de climatisation, deux éléments de confort aujourd’hui banalisés mais que Honda a refusé à sa Type R au nom du sport. Et du poids. Et du prix: affichée 23000  , cette automobile de 200 ch est en effet sans concurrence sur le marché. La Ford Focus RS, sa seule vraie rivale du moment, en exige 8000 de plus, pour 15 ch de mieux et un équipement supérieur il est vrai. Et, peut-être aussi, une polyvalence relativement plus affirmée. A noter que la rutilante série 30e anniversaire (de la Civic) de cet essai est facturée 24200   avec notamment deux splendides baquets Recaro et un volant cuir Momo.
Ainsi gréée, la Civic ne laisse aucune prise au doute: l’engin est fait pour être piloté, pas conduit le coude sur la portière. Assez brutale, ronronnante, peu confortable — quoique l’amortissement fasse du bon boulot et malgré la position de conduite tip-top —, en un mot fatigante, mais formidablement efficace et redoutablement performante, la Nipponne est une moto à quatre roues. Un peu comme le roadster S2000 du même constructeur. En moins extrême tout de même.
Exceptionnel, le quatre cylindres deux litres double arbre est un vrai Honda: un peu paresseux à bas régime, solide à moyen, explosif en haut, jusqu’à 8500 tours (!), jamais vibrant, aussi à l’aise en ville que partout ailleurs. Du pur plaisir promis par une puissance au litre de 100 ch obtenue sans turbo ni compresseur et bien relayé par une formidable boîte à 6 vitesses, mécanique évidemment, aussi rapide que précise et bien étagée et facile à manier grâce au levier très bien situé. On s’amuse volontiers à monter et descendre les rapports et à dépasser les 6000 tours, quitte à réjouir son pompiste préféré: 8 litres en usage normal mais on peut grimper jusqu’à 13 et plus. Du coup, les 50 litres du réservoir semblent aussi limités que le plaisir ne l’est point...

Sur sec du moins, la Honda est exceptionnelle d’efficacité...

On aborde maintenant une curiosité: certes bien posée sur des trains roulants de première «bourre», la Type R se voit privée du différentiel Torsen jadis offert naguère au coupé Integra Type R. Autant dire que la motricité sera rapidement prise en défaut sur chaussée mouillée et que les roues devront être bien droites avant la réaccélération. Pour autant, l’efficacité de cette traction est sidérante sur sec, à mes yeux supérieure à celle d’une Focus. Précise, bien équilibrée, très agile grâce à un train arrière mobile, virant à plat sans contorsions et motriçant l’enfer, la Honda est une vraie sportive, un jouet formidable. Une vraie voiture. Excellent freinage grâce aux disques avant de 300 mm (l’ABS a échappé aux restictions budgétaires), super direction, directe, précise et très informative
23000   donc. A ce prix-là, la concurrence reste bloquée sous les 180 ch (206 RC, Clio RS, Mini Cooper S...) avec des produits et des mécaniques nettement plus civilisés, somme toute plus polyvalents même si la Honda peut arguer de ses 4 places et de son coffre modulable, le tout en 4,14 m. Des fois que «maman» aie des envies de frissons...

Jacques Prost