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  Toujours dans le Van
En ressuscitant 30 ans après son Van Van, Suzuki redonne des couleurs à sa gamme 125. L’engin est drôle mais son terrain d’action reste limité.

Le moteur est un petit quatre temps catalysé.

À force de voir Yamaha remplir son tiroir-caisse avec son 125 TW à grosses roues, les nippons de Suzuki se sont souvenus qu’eux aussi avaient, un jour, produit une moto à roues larges. L’engin — pour ceux qui sont nés après le dernier titre d’Agostini — s’appelait «Van Van», cubait au choix 50, 90 ou 125 cm3, et se tirait la bourre dans les allées du camping de Palavas-les-Flots avec des Monkey ou Dax Honda au son de Deep Purple.
30 ans plus tard, la firme de Hamamatsu a donc ressorti les moules et surtout «l’esprit Van Van» pour proposer ce 125 à la trogne rigolarde mais à la technologie moderne. Le bouilleur est désormais un quatre temps dérivé de celui de la DR, respectueux de l’environnement avec un pot catalysé et discret. Mono amortisseur, disque à l’avant et démarreur électrique sont les quelques concessions accordées à la modernité, mais globalement ce Van Van du XXIe siècle garde la simplicité de son ancêtre, avec un unique compteur, un robinet d’essence et un starter à tirette. Pas de chichi au tableau de bord, un réservoir de seulement 7,5 litres qui semble pourtant plus gros qu’en 70, et toujours cette selle longue comme un jour sans fin qui pourrait accueillir trois postérieurs. Les pneus semblent toujours dessinés pour aller sur la lune, mais on regrette la disparition de la grille d’échappement chromée qui donnait au vieux Van Van une touche clinquante très seventies. Tant qu’on y ait, on aurait aussi aimé un kick pour bluffer les jeunots, mais passons: l’engin est une entrée de gamme, et à trop vouloir le couvrir d’accessoires, on le transforme en objet «too much» que plus personne ne peut se payer.

Partie cycle sympa, moteur paresseux

Donc, on démarre d’un clic du pouce droit et on s’élance dans un bruit particulièrement feutré. L’enfin est bas et on est littéralement assis sur la machine, les bras bien écartés, le dos droit et les jambes correctement repliées. Quelques tours de roues et on a déjà envie de pencher sauvagement l’engin au premier giratoire venu, sauter les trottoirs, lever l’arrière au feu rouge… tellement la position incite à s’amuser. Les grosses roues — excepté sur chaussée mouillée — donnent confiance et la partie cycle est rassurante. L’empattement honnête stabilise bien l’engin dans les grandes courbes, la fourche, contrairement à celles des années 70, ne se transforme pas en pompe à vélo à chaque freinage et globalement cette machine de moins de 120 kilos se manie comme un vélo. Côté mécanique le tableau est moins idyllique, à cause d’un moteur qui manque de souffle. Malgré l’étagement malin de la boîte six, cette 125 gagnerait à proposer plus de couple dans les bas régimes. Donc pour accrocher une vitesse de croisière honnête ou lâcher une voiture au feu rouge, il ne faut pas hésiter à monter dans les tours. Avec son guidon large et ses grosses roues, la vitesse de pointe est également pénalisée, même si la philosophie du Van Van n’est pas de croiser au dessus de 100 km/h sur une voie rapide.

Engin de loisirs

En revanche ce drôle d’engin ne rechigne pas à rouler en tout chemin et s’y montre même plutôt à son avantage grâce à des suspensions bien accordées, une selle confortable et un guidon typé cross.
Si en ville un Van Van souffrira face aux scooters à cause de son absence de rangement et de protection, sa tenue de route en chemins en fait un engin de loisirs étonnant, qui devrait faire fureur cet été sur les bords de plages. Dans nos régions où les plages n’existent que sur carte postale, le Van Van doit se concevoir comme un engin «tendance» pour rouler «différent» en ville, et s’offrir la possibilité de sortir des sentiers battus.
L’esprit seventies en plus.

Ce Van Van 125 nous a été aimablement prêté par la concession Suzuki BG Motos installée au 145 rue de l’Île Napoléon à Mulhouse.

Laurent Gentilhomme