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La Voiture de Monsieur...
Plus grande, plus puissante, plus chère : dans sa livrée 760Li, la BMW série 7 tutoie l’exceptionnel. Pas indispensable mais on lui pardonne.

Le comportement routier est quasi sportif et le confort est royal. DR

Ça continue. Mercedes lance une S de 500 ch, BMW y va d’une 7 de 445. Pas d’auto-censure chez ces gens-là, mais un ego à la dimension de leurs chefs-d’œuvre qui les pousse à toujours vouloir surpasser l’autre, le seul qui en vaille la peine, avec, il faut bien le dire, la bénédiction d’une clientèle jamais empruntée lorsqu’il lui faut satisfaire ses désirs automobiles. On ne va pas s’en plaindre : avec elle, le rêve passe et repasse mais ne trépasse pas.
On attendait cette super série 7. D’emblée livrée en motorisations « raisonnables », V8 essence et V6 diesel — une version quatre litres 740d de 258 cv ch est désormais disponible moyennant 88 850 € (+22 000/730d) -, la limousine munichoise ne couperait pas au joyau mécanique qu’est le V12, à choisir, tant qu’à faire, tapi sous le capot d’une version 760Li châssis long et ses 5,16 m (+14 cm gagnés sur le seul empattement). Pour la place ? Plutôt pour l’allongement d’un profil au dessin, disons, étonnamment baroque dans ce segment réputé peu enclin au non conformisme. Posée sur des roues de 19, superbes au demeurant, la 7 est vraiment très impressionnante.

Puissance en hausse, consommation en baisse : c’est possible

Le V12 est une vieille connaissance. Copieusement relookée toutefois puisque cette noble mécanique déjà vue sur la précédente génération gagne 600 cm3, 119 chevaux et 110 nm de couple grâce à un très gros travail et notamment l’arrivée de l’injection directe — une première sur un V12 - couplée au système Valvetronic de distribution variable.
Quand le second permet de gérer au millilitre la consommation de carburant à charge partielle, la première profite à la puissance et au couple sans qu’il ait été besoin d’augmenter la cylindrée ou de suralimenter le tout et, de fait, le résultat est exceptionnel avec un rendement mécanique très proche de celui d’une mécanique diesel. Par rapport à la version précédente, BMW promet d’ailleurs une consommation en baisse de 12 % (et un niveau d’émission préservé) malgré une hausse de la puissance de 36 %. De là à prendre pour argent comptant les 13,4 litres/100 de moyenne annoncé par Munich… 15 semblent plus vrais.
Bien exploité par une boîte automatique séquentielle à 6 rapports, ce V12 est un monument. Puissance, souplesse, silence, le bilan est époustouflant. Pas sûr qu’un tel moulin soit exploité au-delà de la moitié (et encore…) de son potentiel mais tel que l’objet est saisissant et fait de la grande BMW un des engins à avaler du kilomètre les plus sereins. A 160 kmh, le V12 ne tourne qu’à 2500 tmn, alors imaginez aux allures réglementaires…
Bien évidemment, les ingénieurs bavarois ont adapté les trains roulants à pareil bijou. Mais surtout à la philosophie de cette automobile. Disons que l’électronique règne en maître avec une gestion très fine des mouvements de caisse (Dynamic Drive), de l’amortissement réglable (EDC-K) et de la suspension pneumatique sur l’essieu arrière pour une assiette constante de la voiture. Le régulateur de stabilité (DSC) avec contrôle de traction (ASC) et blocage de différentiel (ADB) est naturellement de série, déconnectable de surcroît pour que le chauffeur puisse devenir pilote.
Résultat ? Un comportement routier quasi… sportif pour cet engin de largement plus de deux tonnes — la maniabilité est surprenante — mais un confort royal. Ce n’est pas un coussin d’air, cette auto, mais on s’en rapproche. Excellente direction, freinage irréprochable du moins dans les conditions très roulantes de cet essai : une descente de col alpin avec quatre personnes et leurs bagages donnerait-elle le même résultat ? Mais dévale-t-on un col alpin avec pareil monument ?

Jacques Prost