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Maître du jeu
Après l'énorme succès de « Marcher dans le sable », Gérald De Palmas revient en force en publiant un double live et en cosignant le nouvel album de Johnny Hallyday.
On
l'avait rencontré à la veille de la sortie de Marcher dans le
sable, album conçu dans le doute, mais promesse de renaissance et de succès. Un an et demi, 180 concerts et 1,4 million d'exemplaires plus tard, on retrouve Gérald De Palmas à l'occasion de la parution de son Live 2002, double enregistrement public couronnant son triomphe.
« Je ne me suis pas vraiment rendu compte de ce qui se passait. Le fait d'être parti très rapidement en tournée et de l'être resté longtemps m'a permis d'être un peu déconnecté. Je ne sais pas si c'était inconscient, si je faisais exprès de ne pas voir, pour me préserver. Quand je me suis arrêté de tourner, le succès était un peu retombé. J'ai enchaîné avec les chansons pour Johnny, puis avec l'enregistrement du single accompagnant la sortie du live. J'ai continué à être déconnecté de tout.
L'inédit (« Elle s'ennuie ») en complément d'un live ou d'une compilation semble être devenu un exercice obligé…
Pour moi, c'était purement égoïste. Pendant deux ans, j'ai chanté les mêmes chansons, il y avait un peu de lassitude. Quand tu sors un disque, tu vas chanter dans les radios, les télés, j'avais envie d'être excité par quelque chose de neuf. Et pour le public, même s'il achète le live pour avoir un souvenir de ce qu'il a vu sur scène, c'est sympa de proposer un bonus. Eux aussi ont entendu les mêmes pendant deux ans…
Entres-tu en contact avec ton public ?
Les gens viennent me parler de temps en temps. C'est assez étrange : comme je parle souvent de relations de couples dans mes chansons, je vois des types de mon âge, dans les 30-35 ans, qui me racontent qu'ils écoutent mon disque pendant leur divorce… Quand j'écris, ce qui m'intéresse, c'est de divertir les gens, et je m'aperçois que mes chansons ont parfois une portée beaucoup plus forte, que je rentre loin dans l'intimité des gens.
Sur le plan personnel, que t'a apporté cette longue tournée?
J'ai beaucoup plus progressé que pendant les 250 ou 300 concerts ayant suivi les deux premiers albums. Avant, je me fatiguais assez rapidement ; du coup, j'étais sur la défensive, vocalement mais aussi humainement. Cette fois, avant de partir, j'ai pris des cours pour placer ma voix, je suis arrivé plus serein sur scène. J'ai pris de l'assurance, dans ma façon de parler entre les morceaux, dans la façon de sentir le public pour le faire réagir au moment opportun. Je me suis senti davantage maître de ce qui se passait.
Ces progrès auront-ils un impact sur ta manière de travailler en studio ?
En composition je ne sais pas, en chant certainement. Musicalement, j'avais déjà essayé deux-trois trucs et je pense avoir réussi à définir un style qui m'est propre. Je suis incapable de décrire le prochain album studio, mais je ne pense pas qu'il sera très éloigné du précédent.
Des chansons sont-elles déjà prêtes ?
J'ai écrit au total sept chansons pour Johnny et Céline Dion, je n'ai donc pas eu le temps de travailler pour moi. Maintenant, j'ai surtout besoin d'écouter la musique d'autres artistes, pour m'en inspirer. C'est comme ça que je marche. Pour le précédent, j'avais écouté Ben Harper comme un fou. Ce sont les autres qui me donnent envie de faire de la musique.
Avant d'écrire spécialement pour Céline Dion, tu avais adapté ta chanson « Tomber » pour son dernier album…
Céline et son mari René m'ont proposé de refaire les arrangements de la chanson, après son adaptation en anglais. J'ai amené les bandes en Floride, pour réaliser l'enregistrement avec elle. J'y étais en tant que producteur artistique, mais Céline maîtrise tellement ce qu'elle fait qu'il n'y a pas grand-chose à dire… Mon album marchait déjà bien, j'avais repris confiance en moi, mais ce fut la cerise sur le gâteau : partant aux États-Unis pour la première fois, je me suis retrouvé à Miami, première classe, limousines et tout. C'est un très bon souvenir.
Après cette première rencontre, Céline t'a demandé d'écrire pour son futur album en français…
J'ai essayé de faire deux chansons, mais je ne sais pas si elles figureront au final. Si Céline n'en veut pas, je ne les chanterai pas : je les ai vraiment écrites pour elle. Quand j'ai commencé à faire des chansons pour les autres, j'avais tendance à craindre de leur donner les meilleures, je devenais fou. J'ai changé ma façon de faire. Certains se mettent dans la peau du personnage et le font très bien : je n'ai pas cette capacité, parce que j'ai un style musical assez restreint, mon horizon n'est pas très large. J'ai fait comme si les chansons étaient pour moi, et c'est juste à la fin que je changeais un peu le rythme, les mélodies, les tonalités.
Les pannes d'inspiration, c'est donc fini ?
J'espère, mais si ça devait arriver, je les aborderais beaucoup mieux. Maintenant que je m'en suis sorti une fois, je sais que ça n'est pas insurmontable.
Quelles ont été tes relations avec Johnny au cours de l'élaboration de son nouvel album, « A la vie à la mort » ?
C'est le pdg d'Universal (NDLR : leur maison de disque commune) qui m'a demandé de composer pour lui. Après avoir entendu Marie, Johnny m'a demandé d'autres chansons, j'en ai proposé sept, il en a gardé cinq. Je lui faisais écouter les maquettes sur lesquelles j'avais chanté, il me demandait quelques aménagements, rien de violent. Le premier quart d'heure a été un peu dur, on est un peu réservés tous les deux. C'est quelqu'un de très sensible, c'est extraordinaire d'avoir gardé cette fraîcheur, après tout ce qu'il a vécu. C'est quelqu'un de complètement différent de moi, qui vit très intensément. Johnny, quand il monte sur une moto ou dans une voiture, quand il sort, c'est toujours à fond. C'est extraordinaire de voir quelqu'un jouir de la vie comme ça.
Ta propre vie n'a-t-elle pas changé ?
Quand je sors de chez moi, je signe peut-être trois ou quatre autographes de plus, mais ce n'est pas devenu proportionnel aux ventes. Pour certains, passé le cap du million d'albums, il devient difficile de sortir dans la rue. Pour le moment, et j'espère que ça va durer, je n'ai pas ce problème. C'est peut-être lié à ma personne, peut-être aussi à la façon dont s'est construit mon succès : sur le long terme, et non du jour au lendemain ».
Propos recueillis par Olivier Brégeard
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Gérald De Palmas :
Live 2002 (Polydor/Universal)

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