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Mercredi 13 octobre 2002


 
 
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  • So british

Spider doit beaucoup aussi à Ralph Fiennes. Bien entouré par Miranda Richardson et Gabriel Byrne, l’acteur so british compose à la perfection un étrange personnage, obsessionnel et déconnecté, aux chemises superposées, qui s’exprime par de faibles marmonnements et remplit d’une écriture qui n’appartient qu’à lui un petit calepin qu’il cache dans sa chambre. Doublement « nominé » par son rôle de nazi dans La liste de Schindler et pour son comte aventurier dans Le patient anglais, Fiennes (il est aussi dans Dragon rouge) joue, ici, de son regard vide et de son corps douloureux et il fait entrer Spider dans l’impressionnante galerie des grands cinglés du 7e art.
A la fin de l’aventure, on peut se demander si Spider s’est sorti d’affaire… Mais tout le film, justement, a montré que la réalité est fluctuante et multiple. Ne demeure alors qu’une certitude : nous savons depuis toujours qu’être humain est une maladie mortelle

Pur jus


Vous cherchez David Cronenberg ? Vous le trouvez là où se brouillent les frontières du rêve, du fantasme et de la réalité ! 

Le réalisateur canadien partage avec David Lynch, un statut particulier, celui d’être un cinéaste délirant. Avec ces deux-là, s’embarquer dans un film, c’est partir dans des territoires très peu balisés (ce qui n’exclut pas une brassée de signes récurrents) où rapidement le spectateur déguste le bonheur de perdre pied pour se couler dans une inquiétude béate, à moins qu’il ne s’agisse d’une béatitude inquiète.
Comme Lynch, Cronenberg a d’irréductibles fans. Ceux-là savent que, depuis ses débuts avec Frissons, Rage etc., le cinéaste fouille les corps et les têtes, s’interroge sur la complexité de l’esprit humain pour montrer ce qui est immontrable, parler de ce qui est indicible et rendre le tout… « réel » par la magie du cinéma.
Sur la Croisette, cette année, Lynch était président du jury et Cronenberg en compétition avec Spider. A l’arrivée, le nouvel opus cronenbergien est passé à la trappe des récompenses. Ce qui ne veut pas dire, loin s’en faut, que Spider, comme certains ont pu le suggérer, est un Cronenberg mineur. Évidemment, le film n’est pas venu du cinéaste mais de producteurs américains et de Ralph Fiennes lui-même, qui voulaient que Cronenberg fasse le film. Disons-le clairement : Spider est du Cronenberg pur jus. Voilà un film rigoureux, dépouillé (ah, distiller la terreur sans avoir besoin d’effets spéciaux !), ascétique même mais aussi dense, intense, envoûtant.
Spider raconte l’histoire d’un homme qui débarque dans une gare londonienne. Il a passé deux décennies dans un hôpital psychiatrique et doit rejoindre une maison de postcure qui se trouve, justement, dans le triste quartier, dominé par un imposant gazomètre, qui fut celui d’une enfance marquée par un drame terrible. Il serait vain de vouloir en dire plus… Tout bonnement parce que Spider fonctionne comme un puzzle où se mêlent la réalité, la mémoire, la normalité et l’identité. La mémoire donc mais laquelle ? L’identité certes mais laquelle ? Et ainsi de suite…
Pour le spectateur qui appréciera au passage l’exceptionnelle homogénéité esthétique du film, l’exercice peut paraître cérébral (et de toute façon, le cinéma de Cronenberg l’est assurément) mais il faut tenter -ce n’est pas difficile- un lâcher-prise et passer du côté de Spider pour voyager, avec lui, dans ses souvenirs et explorer un passé terrifiant… Le cinéaste faisant sienne la croyance de Kafka qu’il y a dans tout homme le désir de reconstruire la réalité et le constat d’une impossibilité de le faire, Spider devient une quête fascinante et déroutante de ce que notre mémoire révèle au fur et à mesure que nous l’inventons.


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