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Jeudi 7 novembre 2002


 
 
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Développements


Du 2D au 3D

Au départ de la démonstration de mardi, on trouve un scanner du tronc d'un patient du Dr Christine Vidal, généraliste à Lannion. 

Apparaît ensuite la traduction en 3D de ces images 2D, avec des couleurs différentes selon les organes : poumons, rate, foie…
Car l'enregistrement scanner a été «traduit» en trois dimensions, et ceci automatiquement.

Des outils virtuels ont ensuite permis aux divers médecins dans les différentes villes, en contact radio et visuel, d'intervenir en coordination pour isoler le foie des autres organes, pénétrer dans l'organe, explorer les tumeurs repérées sur les clichés du scanner, bien lire l'environnement pour déterminer le meilleur trajet d'un possible traitement par une aiguille à rayons. 

Le bistouri et la souris
« Première mondiale » à Strasbourg, Paris, Brest et Lannion où des médecins ont pu ensemble, mardi, virtuellement manipuler et explorer le foie d'un patient, organe reconstitué en 3D par ordinateur en vue d'une éventuelle opération.


Sur la base d'un scanner, un logiciel de l'IRCAD reconstruit les organes en trois dimensions. Le foie (ici en marron) peut être isolé, analysé pour y repérer des tumeurs, et préparer une éventuelle opération.

ENVOYER par Internet à un laboratoire spécialisé l'enregistrement d'un scanner ou d'une IRM du foie (donc une image deux dimensions, 2D) et en obtenir très peu après une image en trois dimensions (3D) avec la situation précise d'éventuelles tumeurs, indication essentielle pour la chirurgie complexe du foie : voilà vers quoi on se dirige, avec le logiciel mis au point à l'Institut de recherches sur les cancers de l'appareil digestif (IRCAD) de Strasbourg. Une démonstration de ce logiciel a été réalisée lors d'une impressionnante « première mondiale » (a souligné l'IRCAD) qui s'est déroulée mardi en direct à la fois à Strasbourg, Paris, Brest et Lannion, via les réseaux haut débit et une plate-forme de travail mise au point par France Telecom. Car, avantage important, le logiciel 3D de l'IRCAD peut être consulté et manié sur internet. L'ensemble logiciel 3D/connexions internet haut débit, baptisé « Argonaute 3D », constitue un carrefour médical sécurisé et confidentiel.
Pour une chirurgie complexe comme celle du foie, l'avancée est considérable. Car l'emplacement des lésions détermine si l'opération est possible. Or, comme dans le cas d'hier, il se révèle parfois très délicat de savoir si une tumeur ne concerne qu'un lobe ou plusieurs, et lesquels. Sachant que, lorsqu'on enlève une partie du foie, il faut en laisser au moins 35 % (l'organe pourra ainsi repousser). Du fait de la conformation de l'organe, déterminer ce pourcentage n'est pas simple aujourd'hui. Tandis que le logiciel de l'IRCAD calcule en une seconde le pourcentage conservé du foie aussitôt qu'on a indiqué quelle partie on voudrait réséquer (enlever) virtuellement à l'organe. La manipulation peut se modifier, les simulations de destruction de tumeurs, d'ablation, peuvent se multiplier, on peut naviguer dans les organes et les vaisseaux sanguins… Et le chirurgien prépare ainsi la manière dont il opérera, dans la réalité, par la suite. Autre force du logiciel : il repère des lésions non détectées au scanner ce qui, là aussi, va influencer fondamentalement le geste du chirurgien, si l'opération est décidée.

À propos de la décision justement — et c'est la prolongation marquante du logiciel — le Pr Jacques Marescaux, président fondateur de l'IRCAD, expert en chirurgie des cancers de l'appareil digestif, a souligné le fait que sur la base du logiciel de transformation des images en 3D, « Argonaute 3D » constitue une plate-forme de travail virtuel grâce à laquelle le généraliste et son patient peuvent bénéficier d'une pluri-expertise de haut niveau. Ainsi, hier, « Argonaute 3D », via des ordinateurs portables tout à fait ordinaires, a fait « se rencontrer » virtuellement autour du cas du patient du Dr Christine Vidal, le Pr Afshim Gangi, radiologue interventionnel aux Hôpitaux universitaires, à Strasbourg, le Dr Luc Soler, directeur de la recherche appliquée en informatique de l'IRCAD, le Pr Patrick Lozac'h, chef du service de chirurgie générale au CHU de Brest, et, à Paris, le Pr Jacques Marescaux. Une rencontre difficilement organisable en un seul lieu. Autant dire que la formule offre un gain de temps, d'argent, une amélioration du diagnostic et de la stratégie d'intervention.


Sur le web


Le professeur Jacques Marescaux, tel qu'on peut le voir sur le site de l'Ircad.

Textes:
Jacques Bertho