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Mercredi 30 octobre 2002


 
 
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  • Nouveau Fassbinder?

Aki Kaurismaki est un drôle de type! Sur les marches du Palais cannois, à l’heure de la soirée de gala de son film, il avait, dans son smoking (de location?) l’air d’un pingouin. Pour faire bonne mesure, il s’amusait à tituber comme un bon poivrot, ce qu’en d’autres temps, il a sûrement été… 

Le cinéaste finlandais fait songer à son collègue allemand Rainer Werner Fassbinder. Par son aspect physique, par un penchant manifeste pour la défonce, par son goût du travail en équipe, quasiment en famille, par sa manière enfin de raconter des histoires véritablement ancrées dans le réel le plus cru ou le plus sordide qu’il transcende en fable onirique.

Romanichel rigoureux

Connaissez-vous Aki Kaurismaki? Qui? Donc, c’est non… Alors, n’hésitez pas et foncez voir L’homme sans passé, son nouveau film. Qui n’est pas, loin s’en faut, son premier. 

Jusqu’à présent, Kaurismaki faisait le bonheur des rats de cinéma-
thèques (Au loin s’en vont les nuages fut applaudi en compétition à Cannes 96) et l’ordinaire de bien des festivals. Cependant Cannes n’est pas n’importe quel festival et l’imposante caisse de résonance de la Croisette devrait permettre à Kaurismaki et à sa bande de sortir de l’anonymat glorieux de la cinéphilie militante. Pour, au moins, une seule et bonne raison: ce cinéma-là est tonique, inventif et profondément humaniste.

A Cannes, où il était donc en compétition, Kaurismaki, romanichel rigoureux, notait humoristiquement: «Mon dernier film était en noir et blanc et muet, ce qui montre clairement que je suis un homme d’affaires. Cela dit, continuer dans cette voie, signifierait que mon prochain film se ferait sans images…»
Le Finlandais a-t-il fait, comme il le prétend, des compromis pour tendre à une apparence de normalité? Faisant donc volte-face, L’homme sans passé est un film qui abonde en dialogues et en couleurs variées. Mais tenter de le résumer est une mission impossible. Tout commence lorsqu’un homme sans nom arrive en ville et se fait immédiatement tabasser sauvagement par des inconnus. A l’hôpital, M. est donné pour mort. Mais voilà que le gaillard se relève, arrache ses drains, remet son nez en place et décide d’aller voir ailleurs. C’est alors le début d’un drame épique où des cœurs solitaires aux poches vides errent sous la voûte céleste.
Il faudrait un Prévert (d’Helsinki!) pour détailler un inventaire où l’on remarque un conteneur sans serrure, un chien nommé Hannibal, un juke-box, une cantine de l’Armée du salut, un orchestre rock, un hold-up, un commissariat et sa geôle, une épouse divorcée, un avocat pointilleux mais surtout beaucoup de mal-lotis de la vie sur lesquels Kaurismaki, dans la lignée de Charlie Chaplin, pose un regard des plus attentifs et des plus chaleureux. Son ironie mordante s’exerce sur le monde dans lequel ils (sur)vivent, jamais sur ceux qui sont au bout de l’impasse.
Pour incarner tous ses humbles, le cinéaste sait choisir des gueules intéressantes et parmi elles, on trouve dans le cas précis, l’imposant Markku Peltola, formidable en type amnésique obligé de faire table rase de tout pour se chercher des valeurs dignes d’un vie d’homme et Kati Outinen, l’actrice-fétiche de Kaurismaki, qui incarne Irma, la Salutiste blême dispensatrice d’amour...
En mai dernier à Cannes, au moment de la proclamation du palmarès, Kaurismaki avait l’air singulièrement en pétard. Tout le monde, il est vrai, attendait une Palme d’or pour L’homme sans passé. La récompense est allée à Polanski. Naguère, Théo Angelopoulos avait aussi fait la gueule après un (valeureux) accessit. La fois d’après avec L’éternité et un jour, la Palme fut pour lui. Gageons donc que le tour du Finlandais viendra bientôt.


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