L'imagerie médicale ouvre aujourd'hui des horizons fantastiques sur l'organisme humain. Mais l'Alsace doit rattraper son retard en équipements.
Ils coûtent cher, ils nécessitent des médecins hautement spécialisés et des physiciens, et ils rendent des services inestimables. Les scanners, IRM (Imagerie par résonance magnétique), et autres appareils aux noms et aux fonctionnements complexes livrent des images de l'organisme vivant en faisant appel aux rayons X, aux ultrasons, à la résonance magnétique ou encore aux isotopes radioactifs, voire à l'informatique la plus sophistiquée. Mais jusqu'à tout récemment, la France et donc l'Alsace, pourtant en pointe en matière d'expérimentation dans ce domaine (lire l'article ci-dessus), souffraient d'un sous-équipement comparable à des pays comme la Grèce ou la Turquie, une comparaison qui n'est pas fantaisiste mais statistique. « Les choses vont changer, indique toutefois Jean-Louis Bonnet, directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH). Fin août, nous avons délivré des autorisations avec une nouvelle procédure ». Cette procédure toute récente n'oblige plus à passer par le ministère de la Santé pour demander l'autorisation d'acquérir un scanner ou une IRM : désormais, c'est l'ARH qui est compétente (sauf en matière de PET-scan — lire le lexique des définitions ci-contre). « Actuellement, on peut autoriser 19 scanners en Alsace, 17 sont aujourd'hui installés. Sur les 12 IRM demandées, 10 sont à ce jour autorisées mais les appareils ne sont pas tous installés ». Il faut savoir qu'il se passe un long temps entre la demande d'un tel équipement et son entrée en fonction. Ainsi à Mulhouse, une IRM autorisée en février 2000 va pouvoir fonctionner à la fin de cette année. « Et c'est du rapide parce que la demande a été faite par des médecins libéraux », commente le directeur de l'ARH. Une fois l'autorisation accordée, le demandeur doit faire un appel d'offre. Et l'industriel doit fabriquer l'appareil : on n'achète pas un scanner comme une voiture.
Des disparités
L'allemand Siemens, leader en matière d'imagerie médicale sur le marché français, construit ces grosses machines, scanners et Pet-scan, à Erlangen et à Forchheim, près de Nuremberg. Chaque appareil est fabriqué sur commande et dans le hall où s'affairent des ouvriers hautement spécialisés, on voit à côté de chaque machine en cours de montage une plaque indiquant son lieu de destination. Une fois terminée, elle est soumise à cinq journées de tests, puis elle est accompagnée chez le client par le testeur, qui surveillera son installation. Parmi les modèles les plus récents, une IRM dotée d'une table pivotante : installée dans le bloc opératoire d'un service de neurochirurgie, elle permet aux médecins d'intervenir auprès du malade dès sa sortie de la machine. Les innovations sont constantes mais les disparités entre les pays sont grandes. A titre d'exemple, la France compte 10 à 11 scanners par million d'habitants (contre 20 pour l'Allemagne, 81 pour le Japon), et un seul PET-scan (9 pour l'Allemagne, 16 pour l'Espagne). Ce retard se ressent aussi en Alsace, où l'augmentation constante de l'incidence des cancers, entre autres, nécessite pourtant l'adaptation de l'offre de soins, sur les plans quantitatif et qualitatif.
Manque de spécialistes
Une nette surmortalité s'observe également pour les maladies de l'appareil respiratoire et les maladies cardiovasculaires. Il n'y a pas encore de PET-scan dans la région (il devrait y en avoir un au CHU de Strasbourg en 2003) et les Alsaciens qui doivent se soumettre à cet examen sont obligés d'aller en Allemagne. Parallèlement se pose le problème des radiologues : ils ne sont pas assez (238 au 1er janvier 2000) et la relève est loin d'être assurée. Plus de la moitié exercent dans le secteur libéral, pendant que des postes de praticiens hospitaliers sont réguilièrement vacants. Un casse-tête qui ne trouvera de solution que quand la politique de la santé prendra en compte les revendications des médecins spécialistes.
Sur les 19 scanners autorisés en Alsace, 17 sont aujourd'hui installés.
Thierry Gachon











