
Développements


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Son
vieux copain Albert...
Albert Uderzo est un tendre. Un peu
comme Obélix, son personnage. Il ne pouvait donc manquer de saluer le
25e anniversaire de la mort de René Goscinny pour rendre hommage au
« génie de l’humour».
Le scénariste d’Astérix mais aussi
de Lucky Luke ou du petit Nicolas a dû bien rigoler du haut de l’Olympe
des humoristes en inspirant le choix de l’hôtel Prince de Galles ou
(de Gaule?), situé avenue George V en chiffre latin pour la conférence
de presse d’Albert Uderzo.
Ému, façon Obélix quand il s’est disputé avec son copain, le
dessinateur a tenu à rappeler d’emblée qu’il n’appréciait que
modérément quelques tardifs hommages rendus par de « faux amix »
qui avaient en leur temps dit pis que pendre de René Goscinny, patron
de Pilote.
«C’était mon frère aîné. Quand je disais une bêtise, il me
grondait, ajoutant : "Je t’ai dit de ne pas sortir sans
moi". Il avait un cœur gros comme ça !»
Un cœur qui l’a lâché au cours d’un test d’effort le 5 novembre
1977. Et il en avait gros sur le cœur l’ami René, à en croire son
copain. Le scénariste était plus qu’en délicatesse avec sa maison
d’édition. Lui qui ne cessait de répéter, « J’aime qu’on
m’aime » n’était plus guère aimé. Tout cela se passait par
avocats et juges qui tiraient plus vite que leur ombre sur
l’inventeur des cousins Dalton.
A l’époque, les deux complices travaillaient sur « Astérix
chez les Belges ». Fou de rage, Goscinny est allé voir Uderzo et
lui a dit : « Albert je ne veux pas que tu termines cet album.
C’est ma volonté. Ce qu’on m’a fait est indélicat. »
Uderzo fut obligé de terminer l’ouvrage dans des conditions
incroyables.
« Chaque planche achevée passait entre les mains d’un huissier
qui mettait son tampon au verso ».
C’est ce douloureux album qui sortira le 13 novembre prochain
en version luxe, tirée à 2 500 exemplaires. Le profit de
cette opération ira à une association caritative, « Ohranna » qui
s’occupe de déshérités. Elle a été choisie par Anne Goscinny.
Ce livre comportera quelques pages additionnelles en hommage au délirant
dialoguiste d’Iznogoud qu’il accompagna à sa naissance dans le
monde de la BD et de jeux de mots et d’idées.
Un drôle de cousin quand même pour le petit Gaulois. Mais, comme
l’a rappelé hier Uderzo, « Goscinny possédait un type
d’humour différent qu’il savait adapter à chaque dessinateur
avec qui il travaillait ». Morris, Tabary et quelques autres en
savent quelque chose.
Philosophe, le dernier survivant du couple mythique rappelle à son
auditoire une petite leçon maison : « Les jeunes dessinateurs ou
auteurs, et même les autres, doivent se dire qu’on n’est pas bien
payé, mais qu’est-ce qu’on rigole. »
Avec 307 millions d’albums vendus et traduits dans des langues
innombrables, Astérix fait « ri-gauler » la planète entière.
Pas trop ces jours-ci à franchement parler. Les hommages viennent
rappeler que l’on a failli mourir de rire bien souvent en lisant les
pages que Goscinny avaient signées. Mais hier, dans le décor marmoréen
du George V, on sentait un peu le tombeau romain entre dorures et
tentures.
Mais son vieux copain Albert avait envie de rappeler qu’il aimait
René comme un frère qui « avait beaucoup plus de talent que moi
». Et d’ajouter, en guise de conclusion : « Nous avons vécu
une aventure extraordinaire. Il était normal que l’on paye aussi
pour ça ».
Et, un peu comme s’il s’excusait d’avoir survécu au bouillon
d’onze heures qui remplaça la potion magique, Uderzo murmure : «
Je souffre aussi mais quand je serai mort, je le lui dirai ». |

Sur le web
Pourquoi
ce succès?
Mais Astérix ? Pourquoi ce succès?
« Je ne sais pas trop, confesse Uderzo. » « Un jour, poursuit-il,
un universitaire allemand a écrit un gros livre pour démonter le mécanisme
Astérix. Farceur, le dessinateur sourit encore aujourd’hui au
souvenir « des explications nombreuses et folles» de ce monsieur. «
Quand il a appris qu’il nous faisait rire », ajoute Uderzo, «il
s’est un peu fâché et il a dit : "C’est tout à fait
normal, les auteurs ne savent pas ce qu’ils font" . »
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