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Mardi 5 novembre 2002


 
 
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Son vieux copain Albert...

Albert Uderzo est un tendre. Un peu comme Obélix, son personnage. Il ne pouvait donc manquer de saluer le 25e anniversaire de la mort de René Goscinny pour rendre hommage au « génie de l’humour».

Le scénariste d’Astérix mais aussi de Lucky Luke ou du petit Nicolas a dû bien rigoler du haut de l’Olympe des humoristes en inspirant le choix de l’hôtel Prince de Galles ou (de Gaule?), situé avenue George V en chiffre latin pour la conférence de presse d’Albert Uderzo.
Ému, façon Obélix quand il s’est disputé avec son copain, le dessinateur a tenu à rappeler d’emblée qu’il n’appréciait que modérément quelques tardifs hommages rendus par de « faux amix » qui avaient en leur temps dit pis que pendre de René Goscinny, patron de Pilote.
«C’était mon frère aîné. Quand je disais une bêtise, il me grondait, ajoutant : "Je t’ai dit de ne pas sortir sans moi". Il avait un cœur gros comme ça !»
Un cœur qui l’a lâché au cours d’un test d’effort le 5 novembre 1977. Et il en avait gros sur le cœur l’ami René, à en croire son copain. Le scénariste était plus qu’en délicatesse avec sa maison d’édition. Lui qui ne cessait de répéter, « J’aime qu’on m’aime » n’était plus guère aimé. Tout cela se passait par avocats et juges qui tiraient plus vite que leur ombre sur l’inventeur des cousins Dalton.
A l’époque, les deux complices travaillaient sur « Astérix chez les Belges ». Fou de rage, Goscinny est allé voir Uderzo et lui a dit : « Albert je ne veux pas que tu termines cet album. C’est ma volonté. Ce qu’on m’a fait est indélicat. » Uderzo fut obligé de terminer l’ouvrage dans des conditions incroyables. 
« Chaque planche achevée passait entre les mains d’un huissier qui mettait son tampon au verso ».
C’est ce douloureux album qui sortira le 13 novembre prochain en version luxe, tirée à 2 500 exemplaires. Le profit de cette opération ira à une association caritative, « Ohranna » qui s’occupe de déshérités. Elle a été choisie par Anne Goscinny.
Ce livre comportera quelques pages additionnelles en hommage au délirant dialoguiste d’Iznogoud qu’il accompagna à sa naissance dans le monde de la BD et de jeux de mots et d’idées.
Un drôle de cousin quand même pour le petit Gaulois. Mais, comme l’a rappelé hier Uderzo, « Goscinny possédait un type d’humour différent qu’il savait adapter à chaque dessinateur avec qui il travaillait ». Morris, Tabary et quelques autres en savent quelque chose.

Philosophe, le dernier survivant du couple mythique rappelle à son auditoire une petite leçon maison : « Les jeunes dessinateurs ou auteurs, et même les autres, doivent se dire qu’on n’est pas bien payé, mais qu’est-ce qu’on rigole. »
Avec 307 millions d’albums vendus et traduits dans des langues innombrables, Astérix fait « ri-gauler » la planète entière.
Pas trop ces jours-ci à franchement parler. Les hommages viennent rappeler que l’on a failli mourir de rire bien souvent en lisant les pages que Goscinny avaient signées. Mais hier, dans le décor marmoréen du George V, on sentait un peu le tombeau romain entre dorures et tentures.
Mais son vieux copain Albert avait envie de rappeler qu’il aimait René comme un frère qui « avait beaucoup plus de talent que moi ». Et d’ajouter, en guise de conclusion : « Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Il était normal que l’on paye aussi pour ça ».
Et, un peu comme s’il s’excusait d’avoir survécu au bouillon d’onze heures qui remplaça la potion magique, Uderzo murmure : « Je souffre aussi mais quand je serai mort, je le lui dirai ».


Sur le web

 

Pourquoi ce succès?

Mais Astérix ? Pourquoi ce succès? « Je ne sais pas trop, confesse Uderzo. » « Un jour, poursuit-il, un universitaire allemand a écrit un gros livre pour démonter le mécanisme Astérix. Farceur, le dessinateur sourit encore aujourd’hui au souvenir « des explications nombreuses et folles» de ce monsieur. « Quand il a appris qu’il nous faisait rire », ajoute Uderzo, «il s’est un peu fâché et il a dit : "C’est tout à fait normal, les auteurs ne savent pas ce qu’ils font" . »