
Consolation pour
Gérard de Cortanze
Pour Gérard de
Cortanze, la bouteille est à moitié pleine, ou à moitié vide. Il venait de quitter son éditeur,
Actes Sud, après y voir échoué deux fois au Goncourt, pour augmenter ses
chances de le décrocher en passant chez Albin Michel. C’est encore raté,
mais il a de quoi se consoler puisqu’il a obtenu le prix Renaudot, traditionnellement attribué à la même heure (à 13 heures un lundi) et au
même endroit (Chez Drouant, un restaurant près de l’Opéra à Paris) que le
Goncourt.

Enfin, le prix Renaudot de l’essai est revenu à Claude-Michel
Cluny pour « Le silence de Delphes » (éd. La Différence).
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Le Goncourt pour Pascal Quignard
Ainsi donc, les Goncourt s’en sortent la tête haute. En attribuant leur prix
à Pascal Quignard pour « Les ombres errantes » (au troisième tour de scrutin
par six voix contre deux à Olivier Rolin pour « Tigre en papier » et deux à
Gérard de Cortanze pour «Assam»), les jurés ont réussi le tour de force de
ne rien changer à leurs habitudes tout en couronnant un livre magistral.
Mieux, une œuvre grandiose.
Leurs habitudes ? Ne jamais (ou presque) attribuer leur prix à un ouvrage
publié par un éditeur autre que « la bande des quatre » (Gallimard, Grasset,
Albin Michel, le Seuil). Gallimard l’avait eu les deux années précédentes
avec Jean-Jacques Schuhl et Jean-Christophe Rufin et était donc hors course.
Restaient Grasset, qui ne l’avait plus eu depuis 1997 (avec Patrick
Rambaud), Albin Michel (depuis 1996 avec Pascale Roze) et le Seuil… qui
attend depuis 1988 (Erik Orsenna). La dernière sélection du Goncourt 2002
mettait ainsi aux prises deux livres Grasset (le Quignard et « L’Insensé »
de Morgan Sportès), un Seuil (le Rolin) et un Albin Michel (le De Cortanze).
Très rapidement, Pascal Quignard s’est détaché comme favori. La principale
(et bonne) raison ? C’est le meilleur. « Les ombres errantes », qui fait
partie de trois tomes parus simultanément (avec « Sur le jadis » et «
Abîmes »), ouvre un projet fou, somptueux, celui du « Dernier royaume ».
Pascal Quignard n’a cessé de le répéter depuis fin août : ce « Dernier
royaume » sera aussi son dernier livre.
Oui, mais en combien de volumes ? Dix, quinze, vingt ? Il a décidé qu’il s’y consacrerait jusqu’à ce que mort
s’annonce. A 54 ans, il a encore du temps devant lui. Il ne veut plus rien
faire d’autre qu’écrire cette somme constituée de courts chapitres, entre 50
et 100 par volume, sans aucun lien apparent entre eux : les digressions,
impressions, pensées, récits, notes de lecture d’un sage. Le résultat,
sidérant, est d’une beauté extrême. Comme si l’on tenait l’humanité au creux
de la main.
Ce Goncourt sonne comme une consécration pour Pascal Quignard, déjà célèbre
avec « Tous les matins du monde » et qui, en 1994, avait surpris tout le
monde en abandonnant nombre de fonctions officielles dans le monde de l’édition et de la musique pour se dédier entièrement à l’écriture. En 2000,
le merveilleux et subtil « Terrasse à Rome », où l’on trouve cet alliage d’érudition, de précision et de simplicité qui prévaut dans « Les ombres
errantes », avait été un best-seller.
Grasset l’a donc emporté et, pour reparler boutique, l’on y verra aussi la
patte de la nouvelle présidente de l’Académie Goncourt, Edmonde
Charles-Roux, auteur chez… Grasset. |

Sur le web

- Textes : Jacques Lindecker
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