tt_dossier.gif (3860 octets)

Mardi 29 octobre 2002


 
 
A la une Télévision Coups de cœur Galerie virtuelle Annonces Groupe de presse Contacts
 
   

Nos dossiers précédents

L'actualité multimédia

Dossier


Consolation pour Gérard de Cortanze

Pour Gérard de Cortanze, la bouteille est à moitié pleine, ou à moitié vide. Il venait de quitter son éditeur, Actes Sud, après y voir échoué deux fois au Goncourt, pour augmenter ses chances de le décrocher en passant chez Albin Michel. C’est encore raté, mais il a de quoi se consoler puisqu’il a obtenu le prix Renaudot, traditionnellement attribué à la même heure (à 13 heures un lundi) et au même endroit (Chez Drouant, un restaurant près de l’Opéra à Paris) que le Goncourt. 

Enfin, le prix Renaudot de l’essai est revenu à Claude-Michel Cluny pour « Le silence de Delphes » (éd. La Différence).

Le Goncourt pour Pascal Quignard

Ainsi donc, les Goncourt s’en sortent la tête haute. En attribuant leur prix à Pascal Quignard pour « Les ombres errantes » (au troisième tour de scrutin par six voix contre deux à Olivier Rolin pour « Tigre en papier » et deux à Gérard de Cortanze pour «Assam»), les jurés ont réussi le tour de force de ne rien changer à leurs habitudes tout en couronnant un livre magistral. Mieux, une œuvre grandiose.
Leurs habitudes ? Ne jamais (ou presque) attribuer leur prix à un ouvrage publié par un éditeur autre que « la bande des quatre » (Gallimard, Grasset, Albin Michel, le Seuil). Gallimard l’avait eu les deux années précédentes avec Jean-Jacques Schuhl et Jean-Christophe Rufin et était donc hors course.

Restaient Grasset, qui ne l’avait plus eu depuis 1997 (avec Patrick Rambaud), Albin Michel (depuis 1996 avec Pascale Roze) et le Seuil… qui attend depuis 1988 (Erik Orsenna). La dernière sélection du Goncourt 2002 mettait ainsi aux prises deux livres Grasset (le Quignard et « L’Insensé » de Morgan Sportès), un Seuil (le Rolin) et un Albin Michel (le De Cortanze).
Très rapidement, Pascal Quignard s’est détaché comme favori. La principale (et bonne) raison ? C’est le meilleur. « Les ombres errantes », qui fait partie de trois tomes parus simultanément (avec « Sur le jadis » et « Abîmes »), ouvre un projet fou, somptueux, celui du « Dernier royaume ». Pascal Quignard n’a cessé de le répéter depuis fin août : ce « Dernier royaume » sera aussi son dernier livre. 
Oui, mais en combien de volumes ? Dix, quinze, vingt ? Il a décidé qu’il s’y consacrerait jusqu’à ce que mort s’annonce. A 54 ans, il a encore du temps devant lui. Il ne veut plus rien faire d’autre qu’écrire cette somme constituée de courts chapitres, entre 50 et 100 par volume, sans aucun lien apparent entre eux : les digressions, impressions, pensées, récits, notes de lecture d’un sage. Le résultat, sidérant, est d’une beauté extrême. Comme si l’on tenait l’humanité au creux de la main.
Ce Goncourt sonne comme une consécration pour Pascal Quignard, déjà célèbre avec « Tous les matins du monde » et qui, en 1994, avait surpris tout le monde en abandonnant nombre de fonctions officielles dans le monde de l’édition et de la musique pour se dédier entièrement à l’écriture. En 2000, le merveilleux et subtil « Terrasse à Rome », où l’on trouve cet alliage d’érudition, de précision et de simplicité qui prévaut dans « Les ombres errantes », avait été un best-seller.
Grasset l’a donc emporté et, pour reparler boutique, l’on y verra aussi la patte de la nouvelle présidente de l’Académie Goncourt, Edmonde Charles-Roux, auteur chez… Grasset.


Sur le web

 

  • Textes : Jacques Lindecker