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Jeudi 24 octobre 2002


 
 
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La phrase

« La " French Touch " est le symbole des erreurs du passé et nous pénalise face à la concurrence mondiale. Elle symbolise de jolis jeux sans intérêts. C’est un label que nous devrions oublier et faire oublier. »

Alain Le Guirec, un développeur qui a travaillé pendant 10 ans dans divers studios comme Cryo ou Delphine Software au site Jeuxvideo.com


Thorgal, chez Cryo.


V Rally, chez Infogrames.

*
Versailles, chez Cryo.


Civilisation III, chez Infogrames.


Agassi, chez Cryo.

La fin de la «french touch» ?

Après les studios Kalisto et Lankhor, Cryo, et dans une moindre mesure Infogrames, connaissent des difficultés financières. Les créateurs de jeux vidéos français sont dans la tourmente, alors que, paradoxalement, le marché explose.
LES CRÉATEURS français de jeux vidéos ont de plus en plus le dos au mur, à l’image de leurs personnages virtuels acculés dans le recoin d’une arène de combat, à court de boost pour échapper aux méchants… financiers. Kalisto et Lankhor — deux studios de développement — sont tombés cette année, vaincus par une bourse meurtrière (pour Kalisto) et des erreurs stratégiques (Lankhor). Restent chez les développeurs-éditeurs (ceux qui fabriquent les jeux et les vendent) Cryo qui vient d’être mis en liquidation judiciaire, Infogrames qui a supprimé 280 emplois en France (60 % de ses effectifs) et Ubi Soft qui, moins endetté, semble en meilleure santé. Pour Vivendi Universal qui possède (mais jusqu’à quand?) Sierra et Blizzard, il est plus difficile de parler de « french touch ».
Incroyable retournement de situation : au Milia 2000 (la grand messe des jeux vidéo) tout le monde, ministre de la Communication en tête, louait le dynamisme de la France dans ce domaine, et Ronaldo montait les marches du Palais des festivals au bras de Bruno Bonnel, le patron un rien mégalo d’Infogrames et inventeur du concept de « Game nation ».
Depuis, Cryo et Infogrames ont beaucoup dépensé (le premier dans le jeu en ligne et le second dans des acquisitions aux USA) et pas assez gagné pour rassurer les places financières. Dans cette période de repli généralisé des marchés, la sanction est tombée. On économise, on se fait racheter… ou on ferme la boutique.

Le cas Cryo

Pour Cryo, après la liquidation judiciaire, la bouée de sauvetage est venue du Canada avec Richard Wah Kan, président de Dream Catcher, la filiale américaine de Cryo. Richard Wah Kan conserve la direction de Dream Catcher, et obtient celle de Cryo. Selon les termes du plan de reprise, tous les salariés présents dans l’entreprise devraient conserver leurs emplois. Mais jusqu’à quand ? La diversification vers le jeu en ligne (Venise, Mankind…) n’est toujours pas rentable faute de réservoir de joueurs connectés en haut-débit et leur catalogue est trop orienté PC et ludo-éducatif. Cryo c’est la face sombre de la « french touch ».
Des beaux produits (Dune, Atlantis), de l’intelligence à revendre (Jérusalem, Versailles…) mais au final des produits qui ennuient tout le monde, et surtout cette nouvelle génération de joueurs formatés consoles habitués à shooter dans une balle ou sur un adversaire toutes les trois secondes.

Infogrames patine

Chez le numéro un européen Infogrames, les erreurs sont fondamentalement différentes. La firme lyonnaise croule sous les dettes pour avoir racheté trop cher les studios GT Interactive, Hasbro, Accolade… L’autre erreur stratégique a été de parier sur la console Xbox dont les ventes patinent (4 millions en juillet), au détriment des jeux pour PlayStation 2 qui bénéficient d’un parc de 40 millions de consoles installées dans le monde. Surtout, Infogrames a parfois pris les joueurs pour des imbéciles en commercialisant des produits indigents, vendus en grande surface comme des barils de lessives, souvent à l’aide de licences aguichantes. Pour un génial Splash Down et un incontournable GP 4, combien de pitoyables Lucky Luke, Astérix, Titeuf, Paris-Marseille Racing et autres MX Rider injouables. Derrière les difficultés de trésorerie de l’éditeur, on perçoit le jeu développé à la va-vite, avec peu de moyens (l’argent est parti dans l’achat de la licence) et qui au final ne se vend qu’en « Day One » en bout de gondole à des naïfs que l’on ne reprendra pas deux fois. Reste qu’avec des titres comme Civilization III, Alone in the dark, Driver (le 3 sur PS2 c’est pour quand ?), GP ou V-Rally, la situation d’Infogrames n’est en rien comparable à celle de Cryo.
La France et l’Europe (malgré la résistance anglaise d’Eidos ou de Codemasters) ne sont plus les maîtres de l’industrie du jeu vidéo dominée totalement par les américains (Electronic Arts, Microsoft…) et les Japonais (Nintendo, Sega, Namco, Sony…). « Le jeu vidéo sera au XXIe siècle ce que le cinéma a été au XXe siècle » prophétisait Bruno Bonnel le patron d’Infogrames. La place des jeux français risque malheureusement d’être la même que celle de notre cinéma tricolore face à la machine hollywoodienne.

Laurent Gentilhomme


Sur le web


GP4, chez Infogrames.


Alone in the Dark, chez Infogrames.


Le Mans 24 h, chez Infogrames.


Atlantis, chez Cryo.