
La phrase
« La
" French Touch " est le symbole des erreurs du passé et
nous pénalise face à la concurrence mondiale. Elle symbolise de
jolis jeux sans intérêts. C’est un label que nous devrions oublier
et faire oublier. »
Alain Le
Guirec, un développeur qui a travaillé pendant 10 ans dans
divers studios comme Cryo ou Delphine Software au site Jeuxvideo.com

Thorgal, chez Cryo.

V Rally, chez Infogrames.
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Versailles, chez Cryo.

Civilisation III, chez Infogrames.

Agassi, chez Cryo.
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La
fin de la «french touch» ? Après
les studios Kalisto et Lankhor, Cryo, et dans une moindre mesure
Infogrames, connaissent des difficultés financières. Les créateurs
de jeux vidéos français sont dans la tourmente, alors que,
paradoxalement, le marché explose.
LES CRÉATEURS
français de jeux vidéos ont de plus en plus le dos au mur, à
l’image de leurs personnages virtuels acculés dans le recoin
d’une arène de combat, à court de boost pour échapper aux méchants…
financiers. Kalisto et Lankhor — deux studios de développement
— sont tombés cette année, vaincus par une bourse meurtrière
(pour Kalisto) et des erreurs stratégiques (Lankhor). Restent
chez les développeurs-éditeurs (ceux qui fabriquent les jeux
et les vendent) Cryo qui vient d’être mis en liquidation
judiciaire, Infogrames qui a supprimé 280 emplois en
France (60 % de ses effectifs) et Ubi Soft qui, moins
endetté, semble en meilleure santé. Pour Vivendi Universal qui
possède (mais jusqu’à quand?) Sierra et Blizzard, il est
plus difficile de parler de « french touch ».
Incroyable retournement de situation : au Milia 2000 (la
grand messe des jeux vidéo) tout le monde, ministre de la
Communication en tête, louait le dynamisme de la France dans ce
domaine, et Ronaldo montait les marches du Palais des festivals
au bras de Bruno Bonnel, le patron un rien mégalo d’Infogrames
et inventeur du concept de « Game nation ».
Depuis, Cryo et Infogrames ont beaucoup dépensé (le premier
dans le jeu en ligne et le second dans des acquisitions aux USA)
et pas assez gagné pour rassurer les places financières. Dans
cette période de repli généralisé des marchés, la sanction
est tombée. On économise, on se fait racheter… ou on ferme
la boutique.
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Le
cas Cryo
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Pour Cryo,
après la liquidation judiciaire, la bouée de sauvetage est
venue du Canada avec Richard Wah Kan, président de Dream
Catcher, la filiale américaine de Cryo. Richard Wah Kan
conserve la direction de Dream Catcher, et obtient celle de Cryo.
Selon les termes du plan de reprise, tous les salariés présents
dans l’entreprise devraient conserver leurs emplois. Mais
jusqu’à quand ? La diversification vers le jeu en ligne
(Venise, Mankind…) n’est toujours pas rentable faute de réservoir
de joueurs connectés en haut-débit et leur catalogue est trop
orienté PC et ludo-éducatif. Cryo c’est la face sombre de la
« french touch ».
Des beaux produits (Dune, Atlantis), de l’intelligence à
revendre (Jérusalem, Versailles…) mais au final des produits
qui ennuient tout le monde, et surtout cette nouvelle génération
de joueurs formatés consoles habitués à shooter dans une
balle ou sur un adversaire toutes les trois secondes.
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Infogrames
patine
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Chez le numéro un
européen Infogrames,
les erreurs sont fondamentalement différentes. La firme
lyonnaise croule sous les dettes pour avoir racheté trop cher
les studios GT Interactive, Hasbro, Accolade… L’autre erreur
stratégique a été de parier sur la console Xbox dont les
ventes patinent (4 millions en juillet), au détriment des
jeux pour PlayStation 2 qui bénéficient d’un parc de 40 millions
de consoles installées dans le monde. Surtout, Infogrames a
parfois pris les joueurs pour des imbéciles en commercialisant
des produits indigents, vendus en grande surface comme des
barils de lessives, souvent à l’aide de licences aguichantes.
Pour un génial Splash Down et un incontournable GP 4, combien
de pitoyables Lucky Luke, Astérix, Titeuf, Paris-Marseille
Racing et autres MX Rider injouables. Derrière les difficultés
de trésorerie de l’éditeur, on perçoit le jeu développé
à la va-vite, avec peu de moyens (l’argent est parti dans
l’achat de la licence) et qui au final ne se vend qu’en
« Day One » en bout de gondole à des naïfs que
l’on ne reprendra pas deux fois. Reste qu’avec des titres
comme Civilization III, Alone in the dark, Driver (le 3 sur
PS2 c’est pour quand ?), GP ou V-Rally, la situation d’Infogrames
n’est en rien comparable à celle de Cryo.
La France et l’Europe (malgré la résistance anglaise d’Eidos
ou de Codemasters) ne sont plus les maîtres de l’industrie du
jeu vidéo dominée totalement par les américains (Electronic
Arts, Microsoft…) et les Japonais (Nintendo, Sega, Namco,
Sony…). « Le jeu vidéo sera au XXIe siècle ce que
le cinéma a été au XXe siècle » prophétisait
Bruno Bonnel le patron d’Infogrames. La place des jeux français
risque malheureusement d’être la même que celle de notre cinéma
tricolore face à la machine hollywoodienne.
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Laurent Gentilhomme |

Sur le web

GP4, chez Infogrames.

Alone in the Dark, chez Infogrames.

Le Mans 24 h, chez Infogrames.

Atlantis, chez Cryo.
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