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Extraordinaire
Olivier Gourmet

Si Le fils est un film
vraiment captivant, c’est aussi le fait de ce comédien
extraordinaire qu’est Olivier Gourmet dont Cannes n’a pas manqué
de saluer le talent par un prix d’interprétation absolument mérité.
Sanglé dans son bleu
de travail, il campe, ici, un homme massif, compétent et
impressionnant lorsqu’il donne, à l’œil et au centimètre près,
la dimension d’une planche.
Et pourtant cet homme
(le film aurait aussi très valablement pu s’intituler Le père) est
complètement déchiré de l’intérieur.
Olivier Gourmet vit ce
personnage avec tout son corps. Et même sa nuque exprime de l’émotion…
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Déchiré de l’intérieur
Récompensé à Cannes,
le nouveau film des frères Dardenne est une passionnante épure.
« Le fils » raconte un homme confronté à
l’insupportable.
En découvrant les premières images du
nouveau film des frères Dardenne, on pense évidemment à l’autre
film qui les a fait connaître du plus grand public, cette Rosetta
qui décrocha, à la surprise générale, la Palme d’or au festival
de Cannes 1999. Car cette fois encore, la caméra des deux cinéastes
belges serre au plus près un personnage. Dans Le fils, on est littéralement
sur la nuque d’Olivier, enseignant en menuiserie dans un centre de
formation professionnelle… La caméra est avec cet homme, au plus près
de lui. Elle le serre, l’accompagne, suit son rythme. La nuque est
un endroit éminemment vulnérable. C’est là où le torero plante
son épée, là où l’assassin frappe à coup sûr. Mais point, ici,
de situation de « polar ». L’univers d’Olivier est
celui du monde du travail. On est dans un atelier de menuiserie et
pourtant, on ne perçoit aucune dimension documentaire. Car, c’est
le moins qu’on puisse observer, dans ce film, on n’est jamais à
distance. On est dessus, on est avec. Dès la séquence d’ouverture
du Fils, les cinéastes ont installé une tension dramatique
puissamment palpable qui ne se démentira jamais. Mieux, elle ira
encore en s’intensifiant au fur et à mesure que se révèle au
spectateur l’aventure intérieure d’Olivier.
Et
c’est dans le mouvement même de la caméra que l’on vient à déceler
la différence majeure d’avec Rosetta. La gamine butée et décidée
(incarnée par une Emilie Dequenne qui a, depuis, fait son chemin) était
toujours en train d’avancer. Le personnage d’Olivier, lui, recule.
Devant une situation qui le terrifie… Et là encore, Jean-Pierre et
Luc Dardenne ont trouvé la position cinématographique exacte. Le
second personnage central du film, le jeune Francis (Morgane Marinne),
un « nouveau » qui vient d’arriver au centre de
formation, on ne le verra pas pendant une bonne vingtaine de minutes.
Cet hors-champ renforce encore l’angoisse qui sourd d’Olivier
(pourquoi refuse-t-il d’accueillir cet élève ?) mais place également
le spectateur dans une situation d’inquiétude. L’absence de
frontalité n’est pas, ici, un effet esthétique mais une manière
de dire l’impossibilité, pour le personnage d’Olivier, de se
confronter à une situation insupportable.
Dans le cas précis, l’exercice rhétorique est malaisé puisqu’il
s’agit de ne pas révéler ce qui justifie l’intense malaise
d’Olivier devant ce Francis aux mots comptés qui, soudain, lui
demande d’être son tuteur. En tout cas, force est de constater, une
nouvelle fois, la superbe exigence des Dardenne. Voilà un cinéma qui
creuse au lieu d’empiler et s’efforce constamment d’aller à
l’essentiel, de se dépouiller de l’accessoire pour se concentrer
sur ce qui fait réflexion. Et d’ailleurs, même si le film
n’entend pas développer une thèse sociale, on ose néanmoins un
parallèle avec une actualité permanente où il est question du
traitement médiatico-spectaculaire de la délinquance des mineurs…
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Quelques liens

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