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Mercredi 23 octobre 2002


 
 
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Dossier

Extraordinaire
Olivier Gourmet

Si Le fils est un film vraiment captivant, c’est aussi le fait de ce comédien extraordinaire qu’est Olivier Gourmet dont Cannes n’a pas manqué de saluer le talent par un prix d’interprétation absolument mérité.

Sanglé dans son bleu de travail, il campe, ici, un homme massif, compétent et impressionnant lorsqu’il donne, à l’œil et au centimètre près, la dimension d’une planche. 

Et pourtant cet homme (le film aurait aussi très valablement pu s’intituler Le père) est complètement déchiré de l’intérieur. 

Olivier Gourmet vit ce personnage avec tout son corps. Et même sa nuque exprime de l’émotion…

Déchiré de l’intérieur

Récompensé à Cannes, le nouveau film des frères Dardenne est une passionnante épure. « Le fils » raconte un homme confronté à l’insupportable.

En découvrant les premières images du nouveau film des frères Dardenne, on pense évidemment à l’autre film qui les a fait connaître du plus grand public, cette Rosetta qui décrocha, à la surprise générale, la Palme d’or au festival de Cannes 1999. Car cette fois encore, la caméra des deux cinéastes belges serre au plus près un personnage. Dans Le fils, on est littéralement sur la nuque d’Olivier, enseignant en menuiserie dans un centre de formation professionnelle… La caméra est avec cet homme, au plus près de lui. Elle le serre, l’accompagne, suit son rythme. La nuque est un endroit éminemment vulnérable. C’est là où le torero plante son épée, là où l’assassin frappe à coup sûr. Mais point, ici, de situation de « polar ». L’univers d’Olivier est celui du monde du travail. On est dans un atelier de menuiserie et pourtant, on ne perçoit aucune dimension documentaire. Car, c’est le moins qu’on puisse observer, dans ce film, on n’est jamais à distance. On est dessus, on est avec. Dès la séquence d’ouverture du Fils, les cinéastes ont installé une tension dramatique puissamment palpable qui ne se démentira jamais. Mieux, elle ira encore en s’intensifiant au fur et à mesure que se révèle au spectateur l’aventure intérieure d’Olivier.
Et c’est dans le mouvement même de la caméra que l’on vient à déceler la différence majeure d’avec Rosetta. La gamine butée et décidée (incarnée par une Emilie Dequenne qui a, depuis, fait son chemin) était toujours en train d’avancer. Le personnage d’Olivier, lui, recule. Devant une situation qui le terrifie… Et là encore, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont trouvé la position cinématographique exacte. Le second personnage central du film, le jeune Francis (Morgane Marinne), un « nouveau » qui vient d’arriver au centre de formation, on ne le verra pas pendant une bonne vingtaine de minutes. Cet hors-champ renforce encore l’angoisse qui sourd d’Olivier (pourquoi refuse-t-il d’accueillir cet élève ?) mais place également le spectateur dans une situation d’inquiétude. L’absence de frontalité n’est pas, ici, un effet esthétique mais une manière de dire l’impossibilité, pour le personnage d’Olivier, de se confronter à une situation insupportable.
Dans le cas précis, l’exercice rhétorique est malaisé puisqu’il s’agit de ne pas révéler ce qui justifie l’intense malaise d’Olivier devant ce Francis aux mots comptés qui, soudain, lui demande d’être son tuteur. En tout cas, force est de constater, une nouvelle fois, la superbe exigence des Dardenne. Voilà un cinéma qui creuse au lieu d’empiler et s’efforce constamment d’aller à l’essentiel, de se dépouiller de l’accessoire pour se concentrer sur ce qui fait réflexion. Et d’ailleurs, même si le film n’entend pas développer une thèse sociale, on ose néanmoins un parallèle avec une actualité permanente où il est question du traitement médiatico-spectaculaire de la délinquance des mineurs…


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