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Mercredi 16 octobre 2002


 
 
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  • Ne pas raconter

Signes fait la part égale entre l’angoisse générée par la proche confrontation avec l’étrange et les cauchemars récurrents d’un homme qui doit affronter ses propres démons.
C’est pourquoi on trouve presque dommage que Signes, dans sa séquence finale, franchisse un cap que M.N.S. avait, jusque-là, bien évité. Mais qu’importe, l’essentiel de cette aventure en huis clos est parfaitement excitant.
Quand vous aurez bien profité de Signes, gardez-vous d’en dire trop à vos amis. Car, décidément, M. Night Shyamalan est le champion du film qu’il ne faut pas raconter à ceux qui ne l’ont pas (encore) vu.

Petits hommes verts

En s’appuyant sur ces fascinants crop circles qui vont troubler la vie d’une famille de fermiers de Pennsylvanie, M. Night Shyamalan signe le troisième long-métrage d’une œuvre dans laquelle certains discernent déjà la marque d’un futur Spielberg. Il est vrai que, sous le signe de la science-fiction, l’actualité du grand écran fait se côtoyer Minority report de l’ex-wonder boy hollywoodien et ce Signes chargé des antiques interrogations à propos des mondes parallèles, des OVNI lancés en éclaireurs et des invasions extraterrestres. Si les petits hommes verts venaient nous rendre visite, seraient-ils amicaux ou hostiles ?

Conte fantastique

Le plus souvent, tout commence par un homme qui, au petit matin, va inspecter ses cultures. Dans son champ, il constate que, par endroits, les plantations sont couchées. 

Le vent ou les animaux sauvages peuvent faire ce genre de dégâts. Mais là, les zones « écrasées » dessinent des lignes régulières, géométriques… C’est au début des années cinquante que les crop circles ont commencé à être répertoriés. Depuis, plus de 5000 de ces mystérieuses figures symboliques ont été constatées sur tous les continents. Qui trace ces formes pures ? Par quel moyen et dans quel but ? Canular planétaire, performance de land art, phénomène naturel, signaux, repères ou messages extraterrestres ? Les théories ne manquent pas mais l’énigme résiste à la science.


Si les questions sont toujours plus nombreuses que les réponses, le cinéma, lui, peut toujours s’offrir le luxe, par l’entremise de cette bonne et si précieuse SF, de lever un coin du voile sur le mystère… C’est ainsi que Signes s’ouvre sur un plan banal d’une cour de ferme avec une table, quelques chaises, une balançoire, un champ de maïs au fond. Et puis la caméra amorce un léger travelling arrière. Comme lorsqu’on regarde quelque chose à travers une vitre ancienne, l’image se trouble brièvement. Entre l’image nette et l’image légèrement floue, quelle est la bonne ? Et si tout -une évidence au cinéma !- n’était qu’une question de regard…

Après la perte tragique de sa femme, Graham Hess (Mel Gibson, très bien) a rendu sa charge de pasteur pour se consacrer entièrement à l’éducation de Morgan et Bo, ses deux jeunes enfants. Son frère Merrill, champion de base-ball déchu (Joaquin Phoenix) est venu l’aider. Une nuit, Graham est réveillé par des plaintes. Ses chiens aboient longuement et ses champs de maïs sont marqués par des crop circles. Hess se refuse d’abord à croire à l’« incroyable » mais les signes vont se multiplier.
Comme il l’avait fait avec succès dans Sixième sens, le cinéaste construit habilement un conte fantastique où les effets ont moins d’importance que la tension qui s’installe insidieusement. En multipliant les cadrages serrés, les contre-plongées « expressionnistes », en jouant avec brio sur une partition musicale « à la Hitchcock », M. Night Shyamalan (qui tient un petit rôle -mais capital- dans son film) embarque le spectateur dans une aventure qui, rapidement, lui colle les chocottes. 

 




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