Associations, collectivités locales et établissements scolaires vont devoir faire face à la suppression des emplois-jeunes. Chasse aux emplois superflus et mise en route de solutions de rechange sont au programme.
« SI NOS EMPLOIS-JEUNES ne sont plus là, on ne fonctionne plus », résume Denis Gerber, directeur de la Maison de la Nature à Muttersholtz, qui voit arriver avec une certaine appréhension la fin des premiers contrats. Les trois emploi-jeunes chargés de l'animation font rentrer l'argent dans les caisses de cette structure associative. « Si on doit payer nos emplois-jeunes, nous seront en déficit de 61 000 E sur un budget de 305 000 E », prédit Denis Gerber. Beaucoup d'autres associations sont dans le même cas en Alsace Centrale. « Pour de nombreux organismes, les emploi-jeunes ont constitué une opportunité de se développer », reconnaît le député Antoine Herth. Les associations sont les premières concernées, elles qui ont connu une professionnalisation hors du commun depuis 1997. Pour éviter un arrêt trop brutal des aides, la mise en place d¹un chèque-emploi associatif (voir encadré) est en discussion au Parlement. Aux appréhensions des associations, Antoine Herth répond rationalisation. « Il faut voir ce qui est nécessaire et ce qui est superflu. Nous faisons la critique des emplois de garage, alors qu'il manque du personnel dans les hôpitaux et dans les écoles », explique le député.
Liquidation à la mairie
Pour Roger Mialon, principal du collège Beatus Rhenanus, où sept jeunes poursuivent leur contrat, la question de la rationalisation ne se pose pas : « Ils nous manqueront c'est sûr. Mais au collège, on a fait en sorte qu'ils soient utiles, mais pas indispensables, car nous savions que ces emplois étaient provisoires. Par contre, dans le primaire leur absence sera plus grave, car ils apportaient une aide directe au travail pédagogique des professeurs d'école ». Il reconnaît que leurs années d'emploi jeune ont apporté à ces jeunes une assurance et une confiance nécessaires à l'entrée dans le monde du travail. Certains sont maintenant vendeur, commerciaux ou comptables. La mairie de Sélestat, qui accueille encore une dizaine d'emplois-jeunes, s'attelle à leur liquidation depuis deux ans : « Le maire n'a jamais été favorable à la précarité de ces emplois. Depuis deux ans, on n'a signé aucun nouveau contrat. Et on s'attache à résorber ou à pérenniser ces emplois vers des emplois permanents, mais seulement dans les services qui en ont le plus besoin. Pour la suite, nous raisonnerons au cas par cas, en se posant la difficile question de l'utilité de l'emploi », remarque Fabien Vispi, directeur général des services de la Ville. Pour des associations comme la Maison de la Nature, la rationalisation est difficile car « nous ne pouvons rayer personne de la liste, car personne n'est inutile ». C'est vrai pour d'autres structures associatives, qui fonctionnent presque à 100 % grâce aux emplois-jeunes, à l'image du Chaînon Manquant, association qui apporte des auxiliaires d'intégration aux enfants handicapés.
Collectivités locales en première ligne
Le vrai problème des emplois-jeunes est évidemment leur coût. La question est de savoir qui va en assurer le financement quand se refermera la vanne des aides de l'Etat. Chacun se tourne vers ses partenaires. « On travaille avec des communautés de communes, avec la région. On espère qu'ils vont prendre le relais. Je pense a priori que ça va se régler au cas par cas », explique Denis Gerber, qui regrette une fin aussi brutale. Pour Antoine Herth, la solution future est liée à la décentralisation : « Il y a des vrais besoins et de vraies opportunités. L'idée est de donner aux collectivités territoriales un rôle accru, pour identifier les besoins locaux et y pallier. L'État déléguerait des compétences et des ressources financières en conséquence ». Mais pour l'instant cette décentralisation en est au stade embryonnaire du débat d¹orientation et des tables rondes gouvernementales. En attendant, il semble que les collectivités locales vont être très courtisées par les associations.
Édith Dany, une échéance difficile.
D.G.











