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Mercredi 2 octobre 2002


 
 
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  • Spielberg au meilleur de sa forme

Après un A.I qui nous avait un peu laissés sur notre faim, voici l’ex-wonderboy revenu au meilleur de sa forme. 

Avec Minority report, on retrouve la profondeur et la gravité de La liste de Schindler mais aussi l’ironie de 1941 et puis, toujours, ce sens du récit cinématographique qui a valu à Spielberg de figurer au palmarès des meilleures recettes mondiales mais surtout d’incarner cette image du cinéaste capable d’emporter le spectateur dans les plus beaux et les plus fous rêves sur grand écran…

2054, l'odyssée de l'espèce

Dans quel monde vivons-nous ? C’est la question qui traverse le dernier film de Steven Spielberg. Mais d’abord, rassurons les amateurs de divertissement, les fans de Jaws et d’Indiana Jones. Oui ! Minority report, c’est du spectacle. Et même du très bon !

Washington, 2054. Réputée pour son formidable taux de criminalité, la cité est devenue un havre de paix, pas le paradis sur terre mais pas loin… La « faute » à qui ? A une expérience grandeur nature menée par une officine secrète nommée Precrime. Grâce aux pouvoirs extra-lucides de trois capteurs humains, les agents du Precrime ont développé le système de prévention/détection/répression le plus sophistiqué du monde. Qu’un meurtrier potentiel fasse mine d’estourbir son voisin de palier ou son épouse et le Precrime lui tombe sur le paletot avant qu’il ait commis son geste coupable…

Inspiré d’une nouvelle du grand Philip K. Dick (écrite il y a une cinquantaine d’années !) Minority report, c’est de la science-fiction du meilleur tonneau. Parce qu’elle mêle un argument fantastique avec un ton réaliste. Et le fait que l’action se déroule en 2054 permet en plus à Spielberg de glisser une bonne touche d’humour dans sa description, par exemple, de la circulation automobile ou encore dans la séquence du centre commercial avec ses pubs personnalisées. De plus, le traitement très hitchcockien de l’innocent fuyant devant une implacable machination (on songe évidemment à La mort aux trousses) favorise l’adhésion du spectateur. Dans un premier temps, John Anderton (la star Tom Cruise très en forme et même parfois pathétique) apparaît comme un redoutable flic, grand ordonnateur quasi-chorégraphique des recherches de « pré-coupables » avant que l’on découvre son drame intime et qu’on flippe pour lui, devenu à son tour un gibier promis à une cellule-éprouvette.
Si Minority report (malgré une fin un peu lourde) est un film épatant par la somptuosité de son image, par la variété et l’imbrication de récits à différents niveaux, par l’amusante virtuosité de ses poursuites (celle qui s’achève au cœur d’un robot de peinture est un modèle du genre) comme par le brio de certaines séquences (le remplacement des yeux d’Anderton est un must fantastique), son intérêt réside clairement dans ce qui s’y dit. Voilà en effet une fable enlevée sur la liberté individuelle, sur le pouvoir, sur la police, sur la justice. Est-on coupable lorsqu’on a pensé commettre un forfait ? Dans Minority report, la réponse est indiscutablement oui. Jusqu’à ce qu’on découvre que le doute peut toujours/encore exister…
Aux États-Unis, où il remporte un énorme succès, Minority report a posé, dans l’après-11 septembre, la question de la restriction des libertés civiques. En France, la polémique a enflé sur le projet de loi Sarkozy qui donne des cauchemars aux partisans des Droits de l’Homme. Que Minority report sorte sur les écrans juste à ce moment est un pur hasard. Pour autant, cette vision de science-fiction prend soudain des accents d’inquiétante réalité. Autant dire qu’il faut foncer voir le nouveau Spielberg. Où le futur n’est pas rose.


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