Le domaine viticole Durrmann d'Andlau cultive l'originalité avec un palissage en lyre et une mise en herbe systématique. Un étudiant en DEA suit de très près le développement des variétés florales qui s'épanouissent sous les ceps de vigne.
REGARDEZ ces grappes de riesling, elles sont équilibrées, sans pourriture. C'est l'effet de la mise en herbe du sol et de l'absence totale d'apport d'engrais extérieurs. Les baies ne sont pas gonflées par l'excès d'eau de ces dernières semaines. Elles n'ont donc pas été touchées par la pourriture, » explique avec une certaine fierté André Durrmann, vigneron à Andlau. Depuis 1981, il a mis progressivement l'ensemble de son domaine viticole de 8 ha en herbe : « Cela me permet de me passer d'engrais, le sol est beaucoup plus riche avec ces plantes d'accompagnement ». Viticulteur, promoteur du label bio, il a essayé de mettre en pratique cette technique de culture où l'environnement complet de la vigne est préservé : « C'est aussi un lien entre génération. Ma grand-mère m'a expliqué que pendant la guerre, les hommes n'étaient plus là pour piocher dans les vignes. Les femmes avaient alors simplement fauché à la main. Et pourtant les raisins étaient bons. » Pour être à l'aise dans son vignoble et « faire ce que j'ai envie, » il a espacé ses rangs de 3,20 et palissé ses ceps en lyre. Pour voir l'évolution de cette culture originale, André Durrmann a confié l'étude des plantes et des insectes à un jeune étudiant en DEA de l'université Louis Pasteur de Strasbourg. Ainsi Jean Bianchi, étudiant en toxicologie de l'environnement dresse cet inventaire : « J'ai déjà pu répertorier 62 plantes différentes. Je pense doubler cet inventaire d'ici l'an prochain. » Il explique : « Mon but c'est de faire la synthèse de ce qui se fait et de ce qui se sait. Actuellement on connaît déjà beaucoup d'éléments des vergers de pommes en herbe. Mais pour la vigne tout reste à faire. » Un des aspects de l'étude porte sur les plantes « compagnes » particulièrement favorables à l'épanouissement des ceps de vigne. « Certaines comme l'achillée régulent le calcium du sol, d'autres comme le trèfle régulent l'azote, » précise Jean Bianchi. André Durrmann ajoute : « On peut aussi utiliser les plantes comme une tisane pour les vignes. J'ai ainsi fait des pulvérisations d'infusions d'achillée. Avec des doses d'un kilo de plantes fraîches par hectare. »
Deux fauchages par an
Certaines plantes permettent aussi aux trichogrammes, petites guêpes de vignes, de mieux résister et de lutter contre le ver de la grappe : « Elles ont une nourriture suffisante avec les fleurs tout au long de l'année. Et sont donc beaucoup plus nombreuses pour parasiter et tuer les oeufs des vers de la grappe. Dans mes vignes, 75 % des oeufs de vers sont parasités et donc détruit par les trichogrammes. » La technique de la mise en herbe réclame peu d'entretien : « J'effectue deux fauchages par an, l'un à la fin du mois de mai, l'autre en juillet. Il faut laisser aux plantes le temps de monter en graine. C'est un fauchage simple et l'herbe coupée reste en place, » détaille le vigneron qui ajoute : « Ensuite il faut faire une couple à la débroussailleuse entre les pieds de vigne. » Tout est donc parfait, pas de traitement ? « Si, j'ai dû lutter cette année contre le mildiou. Avec des traitements au soufre, à l'argile et au cuivre. Mais avec des doses raisonnables. Deux kilos de cuivre par hectare. Alors que les critères bio permettent d'aller jusqu'à 8 kg par hectare. Mais j'ai bon espoir, lorsque l'équilibre naturel sera trouvé, de ne pratiquement plus traiter. » André Durrmann conclut : « La mise en herbe des vignes, c'est un investissement dans la matière organique. Et en plus cela permet d'augmenter la capacité de rétention en eau du sol. Les pluies d'orage torrentielles peuvent ainsi être contenues au sol. Ici l'absorption peut être de 80 mm d'eau par heure. » Et il reste poète : « Les fleurs dans les vignes, c'est aussi pour faire sourire les jeunes femmes. »
André Durrmann, à gauche, et Jean Bianchi : déjà 62 espèces de plantes différentes ont été recensées dans la vigne.
Dominique Gutekunst











