L'ENFANT MEURTRI
JESSICA AUERBACH © Presses de la Cité (51)
A sa grande surprise, la femme n'insiste pas et range son stylo. Pourquoi abandonne-t-elle si facilement ? s'inquiète alors Rosie. Alors que l'assistante sociale est déjà à la porte, Rosie décide de ne pas la laisser partir avec tant de questions restées en suspens. Alors, vous avez constaté des négligences, demande-t-elle d'une voix ferme, espérant obliger la femme à une réponse favorable. Je dois encore m'entretenir avec le docteur Linder, répond seulement May Donovan. Rosie remarque qu'elle évite de la regarder droit dans les yeux. Vous voulez vérifier que je ne vous ai pas menti ? s'inquiète Rosie. Ellea répondu avec sincérité à toutes les questions de l'assistante sociale. Peut-être a-t-elle juste un peu exagéré quant à son empressement à traquer et à détruire les acariens et autres allergènes. De toute façon, elle aurait menti sans vergogne, s'il avait fallu, pour protéger Jason et elle-même de toute nouvelle ingérence des autorités de Quinn. Nous essayons uniquement de vérifier nos informations, répond la femme. Comme je vous l'ai déjà dit. Il y a une pause pendant laquelle chacune semble attendre que l'autre ouvre la porte. Quand est-ce que... ? commence Rosie avant de s'arrêter, incapable de savoir comment formuler sa question. Peut-être veut-elle dire : « Quand devrai-je arrêter d'avor peur de vous ? » Bientôt, réplique May Donovan comme si elle avait lu dans ses pensées. Bien sûr, confirme Mlle Donovan, avec un large sourire. Pour Rosie, cet air réjoui signifie qu'elle a trouvé quelque chose à se mettre sous la dent. Dans quelques minutes, elle s'empressera d'aller raconter à son supérieur tous les détails de sa visite. Les jambes flageolantes, Rosie regarde la femme regagner sa voiture, glissant avec aisance sur le pavé. Pourquoi s'en prennent-ils à moi ? demande Rosie à Linder. Quand elle l'a appelé, juste après le départ de May Donovan, il lui a proposé de la recevoir entre deux patients. Si elle était venue sans Jason, elle se serait sans doute jetée à ses pieds ou effondrée dans son cabinet. Elle est hors d'elle, et Linder doit lui ordonner de s'asseoir pour ne plus la voir marcher de long en large devant son bureau. D'après la loi, la Protection familiale et infantile doit enquêter dès qu'il y a plainte, confirme Linder. Je vais tuer mon mari. Enfin, mon ex-mari, se corrige-t-elle. C'est lui qui me les a envoyés. Que se passera-t-il s'ils décrètent qu'il y a eu négligence, s'ils essayent de... « M'enlever Jason », pense-t-elle, incapable de prononcer ces mots à haute voix, surtout en présence de son fils. De même, elle doit éviter de dénigrer Quinn, même si c'est un beau salaud. Quand ils viendront me voir, j'abonderai dans votre sens et tout rentrera dans l'ordre. C'est si injuste. Rosie, écoutez-moi bien, murmure Linder, d'une voix si douce qu'elle doit tendre l'oreille pour le comprendre. (à suivre)











