En panne d'arbitre, dimanche à Aspach, deux équipes de foot ont fait appel à un « ado » de 15 ans. Christophe a su prendre les décisions qui s'imposaient... y compris celle d'arrêter le match !
A ASPACH ( près d'Altkirch), mais aussi à Bitschwiller-les-Thann, l'adversaire de ce dimanche en Division III du Haut-Rhin, l'effervescence est réelle. Pensez-donc : en l'absence de chevalier du sifflet officiellement mandaté pour arbitrer la partie, les uns et les autres ont été pris au dépourvu. Si Bitschwiller n'était pas fâché de pouvoir jouer compte tenu que joueurs et dirigeants étaient quand même là (« Mais cela ne nous aurait en aucun cas gênés de revenir » s'accordaient-ils à dire hier), les responsables aspachois s'activaient. Subitement, la lumière surgit : arrivé « à 15 h 05 pour voir la une », Christophe, un jeune arbitre de 15 ans, « officiel » car exerçant jusque là chez les jeunes, était à même de prendre le sifflet. Voilà qui tombait bien dans le mesure où chacun, ici au FCA se souvenait avoir été obligé de jouer, il y a un an ou deux, alors que la situation était similaire. A ce propos, Thierry Launet, l'entraîneur local, est net : « Nous étions à Balschwiller et nous avions été forcés de jouer. A l'époque, c'est David Rincon, le pro du FCM également vice-président du FCB, qui s'était habillé de noir. C'est ce souvenir qui nous a incités à jouer. Vous savez, à la Ligue, les règlements changent tellement souvent que l'on ne sait plus. Ce que je dis, en revanche, c'est que si nous avions pu deviner que les choses allaient prendre cette tournure, nous aurions purement et simplement demandé le report. Mais, à ce moment, je ne disais et m'occupais de plus rien. J'étais dans le match, avec mes gars… »
Ir-ré-pro-cha-ble
Voilà des propos qui font mal, très mal même dans la mesure où Christophe, l'ado qui s'est proposé - et qui a été soutenu tout au long de la partie par son papa, très présent puisque juge de touche -, a été irréprochable. Dans un camp comme dans l'autre, tout le monde s'est accordé à lui décerner de vives félicitations. En réalité, la sale note de ce tableau vient de cet incident de la 70e minute, quand un Bitschwillerois a, selon ses propres dirigeants « pété les plombs » pour d'abord insulter, ensuite menacer Christophe qui venait, à juste titre, de lui adresser un carton jaune, puis, dans la foulée et devant l'évolution de son excitation, un autre de couleur rouge. Dès lors, après quelques noms d'oiseaux et un début d'échaufourée, la seule décision logique que pouvait encore prendre l'arbitre était de tout arrêter. A partir de là, tout est plus ou moins rentré dans l'ordre et si, bien heureusement, il n'y eut aucun coup à déplorer, l'homme en noir a bel et bien été contraint de faire un rapport. Autant dire que la tristesse est grande.
« Ce joueur sera rayé »
A Bitschwiller, l'entraîneur Robert Breda et le président Jean-Claude Reeb ont été surpris d'avoir lu qu' « une quinzaine de supporters du FCB avaient envahi le terrain ». « Si nous en avions autant à Bistchwiller, avouent-ils de conserve, nous n'aurions pas de problèmes pour payer les arbitres. Alors, vous pensez bien qu'à l'extérieur... » Mais au delà de ce détail qui relève de l'anecdote, Robert est navré : « Profondément navré même, car ce jeune homme s'était remarquablement débrouillé. » Et Jean-Claude de rajouter : « Nous n'avons pas l'habitude d'avoir des joueurs qui se comportent ainsi dans notre équipe. Sachez que ce garçon, que je n'ai pas revu depuis dimanche, sera convoqué devant notre comité directeur et que si la Ligue ne le suspend pas un an, nous, nous le rayerons de nos effectifs…» A Aspach, il va de soi que Christophe est en pleines interrogations. Tandis que son papa crie, lui aussi, haro sur la Ligue et les règlements (« Il a déjà sifflé les seniors de l'équipe deux à plusieurs reprises, en inscrivant son nom et son numéro de licence sur la feuille de match et personne ne lui a jamais dit qu'il n'avait pas le droit de le faire en vertu de son trop jeune âge. »), le lycéen altkirchois, nage dans tout autant de doutes : « C'est vrai que ce n'est pas la première fois que je siffle des adultes et on ne m'a jamais rien dit. Je ne comprends pas. » Le match, ou plutôt l'issue du match proprement dite, l'« ado » veut passer outre : « Quelque part, il faut que je dise que je suis un peu déçu. Je voulais rendre service et puis voilà... » De là à mettre une croix sur la (périlleuse) mission des chevaliers du sifflet, que nenni : « Dès samedi, je repartirai chez les jeunes. Si, toutefois, ce devait être des seniors, ce serait la même chose. Bien sûr, j'étais un peu énervé et triste dimanche soir, mais ce n'est pas grave. Lorsque je recevrai une convocation, je l'honorerai. Je n'ai aucune raison d'avoir peur. »
Arbitrer des seniors n'est pas toujours chose aisée. Dimanche, Christophe voulait « rendre service » à des adultes. Ce jeune homme était, alors, bien loin d'imaginer un tel dénouement...
Dominique Gutekunst











