Le site Peugeot Citroën de Mulhouse vient de fêter ses 40 ans d'existence. Bernard Obrist, de Ruederbach, est l'un des deux salariés actuels qui y travaillent depuis le début. Témoignage d'un ouvrier spécialisé devenu cadre, pour qui Peugeot est une seconde famille.
LE 3 SEPTEMBRE 1962 est une date que Bernard Obrist a marquée d'une pierre blanche. Ce jour-là en effet, ce natif de Ruederbach entre chez Peugeot, plus exactement chez Adenor à Mulhouse, une petite unité industrielle qui fabriquait alors des pièces pour l'usine de Sochaux. « L'automobile m'attirait, je voulais absolument entrer chez Peugeot, me faire admettre dans la famille », se souvient-il. Une famille qu'il n'a plus quittée tout au long de sa carrière professionnelle, une famille qu'il a choisie : après son apprentissage d'électromécanicien chez Jedele à Altkirch (qui l'a déjà amené à intervenir pendant deux ans chez Peugeot à Sochaux), il a travaillé dans une entreprise en Suisse : « En quelques mois, j'étais déjà responsable de sept personnes et j'aurais pu rester. Mais quand j'ai eu l'opportunité d'entrer chez Peugeot, je n'ai pas hésité », raconte-t-il.
Nous avons vieilli ensemble
Ce 3 septembre 1962 donc, il fait ses premiers pas comme ouvrier spécialisé (OS2) dans l'usine Adenor et quinze jours plus tard, il est transféré dans le nouveau centre de production alors en chantier dans la forêt de la Hardt. « Il n'y avait pas de transport collectif à l'époque. Au début, j'allais travailler avec un autre salarié de l'usine qui possédait une Fiat 500. Parfois, nous étions cinq, voire six, dans la voiture ! ». Membre du service électrique central de Peugeot, il participe à la mise en place de l'outil industriel en "mécanique". Il est le 228e embauché dans le nouveau centre de production qui emploie 572 personnes à la fin de l'année 1962. Après son service militaire, le voilà de retour sur le site en mai 1965, toujours en "mécanique". Deux ans plus tard, il arrive « en forge » pour assurer le dépannage électrique et n'en partira plus. Une famille dans la famille, une unité un peu à part dans l'usine où les forgerons cultivent leur différence : « Forgeron, c'est un dur métier, avec la chaleur, le bruit, mais personne ne voulait quitter la forge. Au début, il y a eu une forte embauche et ensuite, bien sûr, beaucoup moins. Nous avons donc vieilli ensemble, des liens très forts se sont forgés, une vraie famille. Nous avons vécu des moments super. Avant les congés par exemple, on s'arrangeait pour faire notre production et après, c'était carrément la fiesta ! », se souvient-il. Devenu ouvrier professionnel, l'ex-OS2 gravit les échelons à grande vitesse : chef d'équipe en 1970 (ou 1971, il ne se rappelle plus très bien), contremaître, puis chef d'atelier de la maintenance en 1986. Il obtient le statut de cadre dès 1990 : « Mais il fallait en vouloir ! J'ai suivi des centaines d'heures de formation, à Mulhouse ou ailleurs, de la technique bien sûr, mais aussi du management ».
Il fallait en vouloir
En 1993, comme responsable de la Forge 1, il dirige près de 200 personnes mais en 1995, les affaires vont moins bien et l'effectif doit être réduit : « Les forgerons ne voulaient pas être mutés ailleurs. Ils ont eu besoin d'un fort accompagnement. Pendant très longtemps, je suis allé les voir dans leurs nouveaux postes pour les soutenir ». Fin 1996, nouveau changement de cap, Bernard Obrist est chargé d'une mission d'étude pour améliorer les conditions de travail. En 1999 enfin, il est nommé responsable du service qualité-relation clientèle à la forge, poste qu'il occupe toujours aujourd'hui. À 58 ans, la retraite se profile et avec elle la perspective de quitter cette usine qui a tenu tellement de place dans sa vie, et pas seulement dans sa vie de travail puisqu'il est membre actif de l'association culturelle et sportive Peugeot dont il a présidé longtemps la section « foot civil ». Quand il regarde en arrière, Bernard Obrist ne se départit pas de son inébranlable optimisme : « Il y a eu des hauts et des bas, mais les bas, je préfère les oublier. J'ai pu faire ce que j'ai toujours voulu : m'investir, prendre des responsabilités ».
Bernard Obrist : 40 ans chez Peugeot, plus qu'une entreprise, une seconde famille.
Darek Szuster











