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Jeudi 19 septembre 2002


 
 
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L'actualité multimédia

Dossier


Un jour, un journaliste monte dans le taxi...

Un jour, il y a quinze ans, Peter Franklin embarque dans sa berline jaune un passager dans le sud de Manhattan. C'est Douglas Campbell, journaliste de la BBC qui, séduit par la gouaille, le bagout et l'accent du Bronx de son chauffeur, réalise une interview.

«Une dizaine de jours après, je reçois un coup de fil d'une station de radio londonienne» sourit Peter Franklin, attablé dans son restaurant préféré de Spanish Harlem. 

«Le gars me dit qu'il a bien aimé ce que j'ai raconté et qu'il voudrait m'appeler de temps en temps. Je demande pourquoi, il me répond que le monde entier est fasciné par New York. Et il ajoute: Éventuellement, on pourra vous envoyer quelque argent... Me payer pour parler ? J'ai dit: OK!»

Quelques interviews plus tard, Peter pense être tombé sur une mine d'or. Il achète le «Radio TV World Handbook», répertoire de tous les médias audiovisuels du monde anglophone. 

Sur sa table de cuisine, il rédige une lettre qu'il va télécopier à des centaines d'exemplaires: «Si vous voulez savoir ce qui se passe à New York, je suis votre homme». «Et ils ont commencé à appeler comme des fous, du monde entier».


Taxis et voitures bloqués à New York par les joueurs de cornemuse lors des commémorations du 11 septembre. Le genre de scènes qu'adore raconter Gabby Cabby. (AFP)

Le chroniqueur de NYC

«L'homme le plus écouté sur la surface du globe», diffusé pour quelque 300 millions d'auditeurs sur les ondes de 400 stations de radio dans 71 pays anglophones... est un chauffeur de taxi new-yorkais. Il a désormais son site web.

Un animateur l'a surnommé «Gabby the Cabby»: en argot new-yorkais, Gabby signifie «qui parle beaucoup» et Cabby veut dire chauffeur de «cab», taxi. Aujourd'hui Peter estime avoir dépassé les 50.000 interventions en direct, au rythme d'une dizaine par jour, 60 par semaine. Il n'a pas fait fortune, mais cela complète les revenus familiaux et «c'est tellement marrant».

«Je raconte ce qui se passe vraiment»

«Je raconte ce qui se passe vraiment. Des choses dont je suis le témoin, que je lis ou dont j'entends parler: je suis au volant 60 heures par semaine, de 15H00 à 03H00 du matin. Vous imaginez bien les vedettes que je croise ou transporte, les histoires, les flics...». 
L'apparition d'internet et du téléphone cellulaire ont changé sa vie: son fils aîné a créé gabby.com, «le site online du Gabby Cabby», qui reçoit des milliers de connections. Il envoie chaque semaine par courrier électronique à 600 responsables de radios une liste de trois ou quatre sujets qu'il propose de traiter si on l'appelle, plus sa «blague du jour».
Ces derniers jours étaient bien sûr consacrés au premier anniversaire du 11 septembre. Mais auparavant il proposait d'évoquer les faire-part matrimoniaux homosexuels publiés par le New York Times, l'histoire du gestionnaire de fonds d'investissement juif accusé d'avoir sciemment ruiné deux clients libanais ou les fortunes en heures supplémentaires touchées par les policiers new-yorkais.

Politiquement très incorrect

Ses chroniques sont politiquement très incorrectes, joyeuses ou graves et philosophiques parfois, émaillées de yiddish, d'espagnol et d'expressions que personne ne comprend hors du South Bronx. Peter, 51 ans, coiffé de son éternelle casquette des New York Yankees, exhibe sa grille de réservation, à la minute près, sur laquelle figurent des radios de Nouvelle Zélande, d'Irlande, de Memphis, du Nebraska, d'Australie, de Saint Louis (Missouri) ou de Johannesburg. «Si cela marche si bien, c'est parce que je leur dis: Je suis votre meilleur ami à New York. Ils ont quelqu'un qu'ils peuvent contacter. Ils ne peuvent pas appeler Rudy Giuliani (ex-maire) ou Dan Rather (journaliste vedette). Mais moi, oui».
Surnommé par le Wall Street Journal «l'homme le plus écouté sur la surface du globe», Peter Franklin n'en est pas vraiment sûr. «Mais ce qui est certain, c'est que je suis l'homme le plus heureux sur cette terre».


Sur le web


Visites guidées

Depuis quelques années, sa popularité l'a conduit à organiser des visites guidées. Pour 446 dollars, «the Gabby Cabby» est à votre disposition pour vous montrer un New York inconnu des touristes.


«Je dis ce que je veux...»

«Je dis les choses telles qu'elles sont: j'ai évoqué certaines veuves de pompiers qui ne sont pas si malheureuses que çà, j'ai dit qu'il y avait eu beaucoup de pillages au World Trade Center. Ce sont des choses que les autres ne peuvent pas dire. Mais moi, je dis ce que je veux».