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Mercredi 18 septembre 2002


 
 
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Charge pamphlétaire

Remarqué avec Les démons de Jésus (qui passe et repasse à la télé sur MCM) Bernie Bonvoisin s’est emparé, ici, des codes du film de cape et d’épée et a saupoudré la sauce d’anachronismes parodiques, entraînant de la sorte Blanche vers le western-spaghetti, le polar façon Tontons flingueurs ou la saga James Bond. Tout cela pour le plaisir des combats à l’épée cachant (à peine) une charge pamphlétaire très contemporaine sur le pouvoir et ses excès, la manipulation, la dissimulation et la corruption.

Manifestement cinéphile, y compris de séries B, Bonvoisin a fait de sa Blanche, le fruit des amours improbables mais joyeuses de Pardaillan et d’Angélique, marquise des anges. Et ses oncles et tantes auraient facilement pu être Lagardère, Caroline chérie et le Capitan. Si Blanche est un personnage classiquement héroïque, ceux qui l’entourent relèvent, eux, d’un univers à la Monty Python.

Blanche à la ligne

Film de cape et d’épée, «Blanche» est aussi une satire contemporaine joyeusement déjantée. Mais bon sang que tout cela manque de rythme.

Si l'on en croit le philosophe américain George Santayana, «l’histoire est un tas de mensonges sur des événements qui ne se sont jamais passés, racontés par des gens qui n’étaient pas là.» Evidemment, on peut lire dans ce propos une position quelque peu négationniste, mais Bernie Bonvoisin aurait pu, lui, faire de cette assertion le socle même de Blanche...
Disons-le d’emblée, le troisième long-métrage de Bernie Bonvoisin n’est pas vraiment une réussite. Alors même qu’en divers moments, il est franchement hilarant, il laisse in fine le spectateur sur sa faim parce que le cinéaste ne trouve jamais le vrai rythme à imprimer à son aventure...
Au XVIIe siècle, quelque part dans la province profonde du royaume de France, les hommes de main du cardinal de Mazarin massacrent toute la noble famille de Peronne. Réfugiée sous une table, la petite Blanche assiste, impuissante, au carnage. Désormais, sa vie ne sera plus qu’un désir de vengeance.
Vachement plus tard (sic), Blanche est devenue une belle jeune femme doublée d’une courageuse aventurière qui porte le fer contre les nervis du cardinal. Un jour, Blanche (Lou Doillon) intercepte une étrange cargaison de «poudre du diable». Cette fois, la guerre est déclarée. KKK, le sinistre exécuteur de Mazarin, jure qu’il aura la tête de la rebelle. Qui, heureusement, peut compter sur l’aide de Bonange (Roschdy Zem), ténébreux espion romanesque...

Mazarin permet à Jean Rochefort un numéro de loufdingue comme il les aime. Il faut l’entendre, complètement détruit après avoir mis la tête dans la poudre du diable colombienne, lâcher «Putain, je suis en pleine descente!». Pour l’affreux KKK, un méchant «à l’ancienne», Antoine de Caunes s’est transformé en Gengis Khan complètement débile tandis que Carole Bouquet met à mal son image BCBG en incarnant une Anne d’Autriche vulgaire, mal embouchée et tordue qui manie la cravache, debout en guêpière rose sur son lit. José Garcia, qui adore délirer, fait du roi Soleil une folle perdue qui aurait donné une terrible migraine à Lagarde et Michard. Même Depardieu a voulu faire une petite apparition en D’Artagnan fatigué dans cette troupe dont la jubilation est manifeste. D’autant que Bernie Bonvoisin leur a ciselé des dialogues qui auraient certainement amusé ces brillants grands anciens que furent Henri Jeanson et Michel Audiard...
Pour toutes ces raisons, on regrette évidemment que Blanche manque tant de l’indispensable tempo. A ce prix, cet objet cinématographique «en costumes» aurait été simplement étourdissant. Mais ce n’est, on l’espère, que partie remise. Bernie Bonvoisin est un auteur de talent doué d’une imagination insolente et fertile. A la prochaine, donc!


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