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Mercredi 4 août 2002


 
 
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Passer à l’acte

En s’appuyant sur le roman homonyme d’Emanuèle Bernheim (qui a largement collaboré à une adaptation presque à la ligne près), Claire Denis raconte donc, entre vertige et frayeur, l’attrait, la naissance, l’apogée et la fin d’une aventure sans lendemain avec un partenaire anonyme. Si l’homme -Jean- a un vrai poids dans l’histoire, une authentique densité, c’est quand même le personnage de la femme qui intéresse au premier chef la cinéaste. 

Au cours de cette nuit de vendredi, moment-charnière entre son existence passée et sa nouvelle vie du lendemain, Laure a envie de cette histoire avec Jean et Claire Denis montre aussi que sa victoire, c’est de reconnaître son désir et d’oser passer à l’acte. Pas comme on enterre une vie de garçon ou de fille, mais plutôt comme un moment rare que d’autres fantasment et qui, là, se réalise dans une forme assez joyeuse et surtout sereine.

Juste une nuit…

Dans les rues de Paris, Laure croise Jean et c’est une brève histoire d’amour qui se passe. Sans mots inutiles, « Vendredi soir » filme les gestes au plus près.

Lorsque la lumière revient dans la salle de cinéma, on reste d’abord un petit moment à se demander si on a bien vu. Une histoire qui ne tient à presque rien mais aussi une aventure fugitive (ce qui ne veut pas dire superficielle) dont toute la saveur réside exclusivement dans une forte tension physique et amoureuse entre deux êtres de rencontre. Et puis on se dit que l’exercice était bigrement casse-gueule. Car il ne se passe (presque) rien dans Vendredi soir et c’est cela justement qui fait tout le sel de l’entreprise…
Quelque part dans Paris, une jeune femme finit ses cartons de déménagement. Manifestement, elle s’apprête à quitter sans retour cet appartement qui fut sans doute celui d’une célibataire. Son regard glisse sur les inscriptions « Fragile », « Vêtements d’été »… Elle retrouve une robe rouge fendue, l’essaye, décide : « On la garde ». Sur la table, un trousseau de clés, celui de ce qui sera -demain- « Chez nous ».
Mais, pour l’heure, harassée, au bord du sommeil, la jeune femme (on saura plus tard qu’elle se nomme Laure) se retrouve dans l’agréable chaleur de sa voiture. Mais la capitale est entièrement bloquée par une grève des transports publics. On ne circule plus. La jeune femme laisse son regard glisser sur les murs de la ville, sur les autos coincées, sur les passants pressés dans le froid. Là, il y a un homme, sur le trottoir d’en face, qui la regarde. L’homme traverse, frappe à la portière, demande s’il peut monter, qu’elle pourra le déposer où ça l’arrangera…
Après avoir signé deux films très intéressants dans des registres fort différents (Beau travail puis Trouble every day), Claire Denis concentre, ici, son récit sur deux personnages dans une brève rencontre. Que sait-on de Laure ? Pratiquement rien. Que sait-on de Jean ? Encore moins. Et pourtant ils ne sont pas des silhouettes ou des idées mais de vraies personnes physiques habitées par un Vincent Lindon très juste et surtout une Valérie Lemercier remarquable de grâce, de détermination et de fragilité dans son premier rôle dramatique. Si on songe parfois à Intimité de Chéreau ou à In the mood for love de Wong Kar-Wai, c’est parce que Vendredi soir ne s’embarrasse pas de mots mais privilégie, très souvent dans de beaux et pudiques gros plans, les glissements des corps, les mains qui étreignent, la peau que l’on découvre et que l’on frôle…
Vendredi soir porte parfaitement son titre. Puisque Claire Denis raconte quelques heures qui se déroulent un vendredi soir. Le lendemain, c’est samedi. Laure court dans Paris, un sourire naissant sur son visage. Elle a quitté la chambre d’hôtel où Jean dort encore. Samedi est un autre jour. Un autre film. Une autre vie.


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