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Passer
à l’acte
En s’appuyant sur le
roman homonyme d’Emanuèle Bernheim (qui a largement collaboré à
une adaptation presque à la ligne près), Claire Denis raconte donc,
entre vertige et frayeur, l’attrait, la naissance, l’apogée et la
fin d’une aventure sans lendemain avec un partenaire anonyme. Si
l’homme -Jean- a un vrai poids dans l’histoire, une authentique
densité, c’est quand même le personnage de la femme qui intéresse
au premier chef la cinéaste.
Au cours de cette nuit
de vendredi, moment-charnière entre son existence passée et sa
nouvelle vie du lendemain, Laure a envie de cette histoire avec Jean
et Claire Denis montre aussi que sa victoire, c’est de reconnaître
son désir et d’oser passer à l’acte. Pas comme on enterre une
vie de garçon ou de fille, mais plutôt comme un moment rare que
d’autres fantasment et qui, là, se réalise dans une forme assez
joyeuse et surtout sereine.
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Juste une nuit…
Dans les rues de Paris, Laure croise
Jean et c’est une brève histoire d’amour qui se passe. Sans mots
inutiles, « Vendredi soir » filme les gestes au plus près.
Lorsque
la lumière revient dans la salle de cinéma, on reste d’abord un
petit moment à se demander si on a bien vu. Une histoire qui ne tient
à presque rien mais aussi une aventure fugitive (ce qui ne veut pas
dire superficielle) dont toute la saveur réside exclusivement dans
une forte tension physique et amoureuse entre deux êtres de
rencontre. Et puis on se dit que l’exercice était bigrement
casse-gueule. Car il ne se passe (presque) rien dans Vendredi soir et
c’est cela justement qui fait tout le sel de l’entreprise…
Quelque part dans Paris, une jeune femme finit ses cartons de déménagement.
Manifestement, elle s’apprête à quitter sans retour cet
appartement qui fut sans doute celui d’une célibataire. Son regard
glisse sur les inscriptions « Fragile », « Vêtements
d’été »… Elle retrouve une robe rouge fendue, l’essaye,
décide : « On la garde ». Sur la table, un trousseau
de clés, celui de ce qui sera -demain- « Chez nous ».
Mais, pour l’heure, harassée, au bord du sommeil, la jeune femme
(on saura plus tard qu’elle se nomme Laure) se retrouve dans l’agréable
chaleur de sa voiture. Mais la capitale est entièrement bloquée par
une grève des transports publics. On ne circule plus. La jeune femme
laisse son regard glisser sur les murs de la ville, sur les autos
coincées, sur les passants pressés dans le froid. Là, il y a un
homme, sur le trottoir d’en face, qui la regarde. L’homme
traverse, frappe à la portière, demande s’il peut monter,
qu’elle pourra le déposer où ça l’arrangera…
Après avoir signé deux films très intéressants dans des registres
fort différents (Beau travail puis Trouble every day), Claire Denis
concentre, ici, son récit sur deux personnages dans une brève
rencontre. Que sait-on de Laure ? Pratiquement rien. Que sait-on
de Jean ? Encore moins. Et pourtant ils ne sont pas des
silhouettes ou des idées mais de vraies personnes physiques habitées
par un Vincent Lindon très juste et surtout une Valérie Lemercier
remarquable de grâce, de détermination et de fragilité dans son
premier rôle dramatique. Si on songe parfois à Intimité de Chéreau
ou à In the mood for love de Wong Kar-Wai, c’est parce que Vendredi
soir ne s’embarrasse pas de mots mais privilégie, très souvent
dans de beaux et pudiques gros plans, les glissements des corps, les
mains qui étreignent, la peau que l’on découvre et que l’on frôle…
Vendredi soir porte parfaitement son titre. Puisque Claire Denis
raconte quelques heures qui se déroulent un vendredi soir. Le
lendemain, c’est samedi. Laure court dans Paris, un sourire naissant
sur son visage. Elle a quitté la chambre d’hôtel où Jean dort
encore. Samedi est un autre jour. Un autre film. Une autre vie.
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Quelques liens

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